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J’ai pris le thé avec Vlad et Barack

Je prends le clavier pour vous narrer la chose extraordinaire qui m’est arrivée l’autre jour d’il y a quelques mois, mais je vais pas passer par quatre chemins vicinaux.

J’ai été invité au G8, et j’ai pris le thé avec Vlad et Barack. Trop la classe, ouais.

En fait de G8, c’était plutôt un G5 car, on ne sait comment, Gordon était resté bloqué dans le tunnel sous la manche, Taro dégueulait à Tokyo à cause d’un sushi de la mort, et Stephen, huitième roue du carrosse, personne lui a affrété de jet pour aller causer avenir de la planète. Il a bien essayé d’y aller en traîneau, mais il a pas passé le Saint-Laurent. Quand j’ai appris ça, j’ai pfffé car j’aurais bien aimé y toucher deux mots au Stephen au sujet des flux migratoires des chanteuses rousses à voix forte qui arrivent par cargos entiers sur les rivages de la Plaine-Saint-Denis. C’est de saison, en ce moment on cause qu’immigration dans mon transistor.

Alors que tout le monde devisait pétrodollars et banquise qui fond comme neige sur Megan Fox, je commençais à dire :

« Hé ho, les mecs (ouais, Angela est un vieux pote, aussi, NDLR), c’est bien beau de jacter environnement et équilibres économiques, mais moi je peux pas live-twitter la chose rapport à ce que mes followers ils sont même pas foutus de gérer leur budget et ils prennent leur Cherokee pour aller chercher le pain. Alors vous êtes gentils, mais on va aller se détendre, ok ? »

« Lounge, we can believe in », qu’il m’a répondu le Barack.
« Je peux amener mes +20 ? », qu’il a demandé le Silvio. J’ai compris après coup que +20, ça veut dire ses maîtresses de plus de 20 ans.

Angela a hoché de la tête, j’ai eu peur.

Vladimir a posé un AK47 sur la table. Après coup, j’ai compris la technique : un AK47 pour oui, deux AK47 pour non.

Nicolas a bougonné qu’il était d’accord mais que c’était pas parce que Barack était aussi d’accord, qu’il avait eu son opinion avant lui, et il se proposait de mener le cortège vers les agapes à trente mille boules de l’heure. Mais j’ai dit : « Attends, Nic’, c’est moi le trend-setter ici, je connais un endroit très delightful ».

Donc on est tous partis prendre un thé. Mais finalement, je crois que personne n’a compris que genre j’avais quand même deux-trois notions de protocole, et que je pouvais pas prendre le risque de mettre tout ce petit monde en fâcheuse posture, surtout qu’il y avait PurePeople et Voici.fr embusqués derrière les plantes vertes. Mais, le croiras-tu ou pas, est-ce la décoction de pommes de terre de Vlad ou la liqueur de cerises d’Angela, mais toujours est-il qu’ils ont tous décidé de faire un grand Secret Story version politique en se baignant tous dans le thé.

Comme tu le vois, ils ont tous choisi un jacuzzi à leur taille.

Y’avait même Silvio qui hurlait à Angela : « La culotte ! La culotte ! ».

Democratea – Tea Bags
Sam Concept Store
35, rue de Bretagne, 75003 Paris

Chemise ouverte (et chaîne en or qui brille)

On a beau aimer le vintage et être un rétro-consumériste, il faut aussi reconnaître parfois qu’il y a du déchet dans les années 70-80. Les sous-pulls en lycra jaune moutarde, on les laisse à ABBA. L’association chamarrée pantalon rouge-chemise orange, qu’elle reste dans le placard de Michel Fugain. Le cure-dents vissé entre les deux mâchoires, hors de Paris et hors de nos bars.

D’ailleurs, tant qu’on en est à parler cure-dents, il faut se rappeler la dégaine du déchet macho qui mégotait sa clope de substitution (il fumait pas, le comble) : engoncé dans un jean bleu ciel porté haut, un marcel de docker ouvert sur un poitrail velu foncé, la chaîne en or s’emberlificotant dans cette moquette pilaire. Du dernier chic.

Depuis, le poil est tombé, brûlé, ôté, balayé, prohibant toutes les autorisations de faire un revival de Marlon Brando dans Un Tramway nommé Désir. Et même si depuis quelques années la consécration de l’übersexuel a rangé au placard le décolleté glabre de l’androgyne, l’épaisse moquette n’est pas pour autant revenue en odeur de sainteté.

Sauf que tout ça pourrait changer.

Dans les fashion weeks, le decolletage, comme disent les modeux outre-Atlantique, fait un retour en force. C’est-à-dire que William de Belle toute nue a un peu montré l’exemple avec ses décolletés plongeants jusqu’au nombril. A ceci près qu’aujourd’hui, le décolleté ne se porte plus sur torse glabre (rhabille-toi William), mais sur poitrail duveté. Ah oui, les übersexuels réinvestissent le champ de la mode en déclarant une guerre sans-merci au look androgyne et skinny, c’est manifeste. Va y avoir du génocide dans l’air, moi je vous le dis.

Que penser de cette nouvelle du live unbutonned ? Moi j’ai qu’une crainte les amis, c’est qu’en France on marie ça avec le retour dans la hypeness de la bedaine. Vous voyez pas que ça remettrait au goût du jour le style beauf et que les vendeurs de t-shirt filet feraient florès avec cette histoire.

Melon blogosphérique et new modesty

C’est pas le tout de jouer les snobs à la ville, il faut aussi savoir l’être derrière l’écran.

Depuis que les machins sociaux ont essaimé partout dans les journaux, jusqu’aux magazines féminins qui donnent chaque semaine l’impression d’être la poule qui est tombée sur un ver et qui caquète à qui veut l’entendre sa trouvaille (typiquement Elle), tu ne peux plus passer une journée sans en entendre parler.

Seulement, le travers des réseaux sociaux, c’est le mode gros melon que tu développes systématiquement. Ah ça, sur Twitter, y’en a qui sont champions pour nous donner de l’opé par-ci, de la VP par-là, pour transformer leur timeline en Voici version me, myself and I. Mais le phénomène n’est pas propre à Twitter, et si vous remarquez bien vos amis Facebook, il y en a toujours au moins un dont la vie doit être tellement hype vu l’activité de ses statuts : on se demande comment il fait pour être à Miami la veille et à Osaka le lendemain, mais bon.

La vantardise, c’est l’ornement chic de ceux qui s’imaginent qu’il est indispensable. On s’excuse, mais l’élégance, la distinction, elle passe avant tout par la new modesty (love you Karl), et le tuning, c’est toujours hideux, que ce soit sur Twitter, sur sa voiture, ou sur son look (sauf si vous voulez ressembler à une vamp).

En cinq points, comment appliquer la new modesty sur les réseaux sociaux :

1) Un gramme de chic n’égaye jamais un kilo de banalité. Vous connaissez la règle du caviar et de la boue. Surjouer le côté hype de sa vie est un jeu risqué. Quel intérêt de se prendre en photo avec des fringues équivalent au PIB du Nicaragua si vous habitez dans un 13m² avec un lit en mezzanine pour gagner de la place ? Pourquoi narrer la flopée d’opé auxquelles vous assistez grâce à votre blog, vos lunches-to-be avec les barons de la blogosphère si vous êtes présentement chômeur ? La tendance est un mode de vie et de consommation, pas un badge accroché au chandail.

2) Le web est une agora, pas une cour. A voir certains blogs et certains comptes Twitter, le contenu est désespérément vide, bloqué sur courant alternatif : un compte-rendu d’opé, une invitation VP, et de temps en temps un message d’excuse en forme de listes de courses pour se dédouaner d’être peu présent. « Mais que voulez-vous, j’ai fait tant de choses intéressantes ». Un peu de modestie impose de ne pas s’abaisser à solliciter les compliments flatteurs de ses lecteurs-adulateurs, mais de se remettre en question à chaque billet.

3) Démarque-toi ou passe ton tour. On ne va pas refaire le débat. Sur Internet, il y a les passeurs d’info, et ceux qui tentent modestement de produire de la valeur ajoutée. Ici, une règle : il n’y a pas de sujets du moment dont il faut parler, seulement des sujets du moment dont il faut parler et sur lesquels on a quelque chose à dire.

4) Show few, attend plenty. L’absolu du chic est de ne parler qu’au compte-gouttes de votre vie. Que représente pour vous une invitation en opé annonceur : un miracle inespéré ou une banalité quotidienne ? Soyons sérieux, qui tweete ses excursions à la boulangerie Eric Kayser ?

5) On n’oublie pas ceux qui savent se faire oublier. Avez-vous remarqué comme chez certain(e)s, le même événement peut-être pré-tweeté, live-tweeté, et post-tweeté ? A croire que l’égocentrisme pousse à vouloir attirer continuellement l’attention sur soi. Au final, ce n’est pas de l’admiration qu’on suscite, mais de l’empathie : mégalomanie mal maîtrisée égale confiance dans les chaussettes.

Et vous, vous êtes gros melon ?

Si j’arrive à faire des photos correctes, demain on va
causer de comment être hype en buvant du thé.

Photo FlickRTim Lawrenz