English spoken

Hi tenches (salut les tanches),
Ce qu’il y a de bien quand tu bosses dans le webdeux, c’est que tu remets au goût du jour le franglais, qui n’est plus du tout hype dans les dîners du grand monde. Je n’y fais jamais attention sur le coup, mais quand je consulte a posteriori mes slides (et de un) Powerpoint, je me rends compte à quel point les présentations que l’on peut faire aux clients (français) sont constellées d’anglicismes. C’est à faire peur, un peu comme de voir les tâches rouges sur le visage d’une actrice fraîchement botoxée (on caftera pas).
Je me demande parfois la logique qui prévaut dans la rédaction. Est-ce qu’on anglicise parce que sont les rosbifs et leurs descendants ultra-atlantiques qui ont inventé les social media ? Est-ce qu’on anglicise parce qu’il n’y a pas vraiment de traduction aux mots reporting, back office, community management, mashup, hashtag, reply, forward, plugin, template and co ou qu’on a pas envie de s’embêter à les traduire ? Pourtant, si on demande à maître Cappello et à toute l’Académie Française, ils seraient contents de mouliner du cigare pour pondre du vocable francisé. Déjà qu’ils sont fiers de leur pourriel et de leur courriel (censés remplacer le spam et l’email), ils auraient vite fait d’imposer dans le Larousse l’« e-rrière boutique » (pour back office) ou le « chamusant » pour le lolcat.
Si on ne veut pas se faire braire à traduire tous ces mots-là, c’est peut-être parce que ça donne faussement l’impression que ça se rattache à des concepts très compliqués. Je me souviens des visites chez le médecin où celui-ci t’annonçait des maladies et des symptômes avec des noms tellement à coucher dehors que tu tombes en syncope rien que de les entendre. Je me dis que face à un client, ce doit être la même chose : l’embrouiller de mots étrangers pour mieux lui dire « Coco, on s’occupe de tout ». Et puis, d’une certaine manière, est-ce que ça ne rend pas aussi tout cela sexy ?
C’est là où cette sale manie devient risible. Chez les Angliches, les french words qui passent dans le langage courant, c’est fait pour se donner un genre. Lors d’un cocktail londonien, si vous voulez crâner, sortez que vous avez visité un magnifique château plutôt qu’un castle : ça fera tout de suite très oxfordien. Mais là où l’introduction d’un mot français à la prononciation torchée (« chatowe ») donne un style, c’est tout l’inverse en français.
Quand tu te retrouves devant un client à prononcer « soshol média », « comiouniti manadjmeunte » parce qu’il est très difficile de passer en plein milieu d’une phrase du français natal à l’anglais — que tu maîtrises et prononces bien en temps normal — sans passer pour un plouc trop précieux, tu te dis que ça craint, quand même.
Et du coup, quitte à passer pour un con, tu te dis que le pourriel au moins, il est identitéfrançaise-compatible.
Photo FlickR — Sh0rty






