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Parlez-moi de vous (parce que je m’ennuie)

Est-ce parce que désormais, la voix chaleureuse de Pascale Clark m’accompagne pendant 3 minutes 50 le matin (de l’avantage de travailler à trois stations de métro de là où on dort — ou inversement) ? Est-ce parce qu’un jour de 2009, j’ai déjeuné d’un bô-bun près de Karin Viard au Paris-Hanoï ? Je ne sais pas, mais j’ai été inconsciemment tiré dans une salle obscure de l’UGC Bastille pour aller voir Parlez-moi de vous.

Il raconte l’histoire de Mélina (Karin Viard), une sorte de Macha Béranger trente ans avant son cancer, qui recueille avec intimité et chaleur les confidences et les soucis des auditeurs de Radio France, mais devient froide et asociable une fois le micro coupé. Retranchée dans son grand appartement du 16e arrondissement, elle vit seule avec son chien et porte des escarpins même chez elle — l’archétype parfait de la voisine du dessus, aussi appelée la connasse.

C’est que Mélina porte un lourd secret : abandonnée à la naissance par sa mère, elle n’a eu de cesse de la chercher, allant jusqu’à mandater les services de profilers. Ces derniers la retrouvent dans un petit pavillon de banlieue, alternant clopes, phrasé à la Jacky Sardou et après-midi bénévolat au Secours Populaire. Le choc des cultures est flagrant, mais petit à petit, Mélina va gagner sa confiance et son amitié, comme à la radio, sans jamais se dévoiler.

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Une éducation

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Hier, je suis allé précipiter ma presbytie en allant me coller le nez devant un écran blanc. Faut dire que ça sert pas à grand chose de faire la queue pour aller chercher une bouteille de Perrier quand dans la salle obscure, toute la plèbe est en train de se gaver de réclames. Restent plus que les sièges de devant, du coup. C’est quand même fou ce que ça te change la vision d’un film, d’avoir le menton en l’air et le cou contracté. J’ai jamais compris pourquoi dans les cinémas ils supprimaient pas les premiers rangs pour les faire commencer au deuxième, vu que personne n’y va et que les gens qui y vont en ressortent mécontents.

Mais trêve de galéjades digressives.

Une éducation, c’est l’histoire d’une jeune lycéenne anglaise brillante, dont les parents veulent qu’elle intègre Oxford. Mais dans cette société anglaise du début des sixties très prude, pas encore fissurée par les riffs des Beatles, elle commence à étouffer. Alors, quand un homme deux fois plus âgé qu’elle, plein aux as et vivant de bohême, se convainc qu’il veut lui faire découvrir la vie, elle commence à s’abandonner. Virées en cottages, voitures, jolis habits, Paris… Jusqu’à l’amour.

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Ça donne envie, dis-tu ? Eh bien pas du tout, figure-toi que j’ai été sacrément déçu.

Pour sûr, le film te colle sur ton siège dès le début. Pour moi qui suis un fervent des 50′s et des 60′s, la manière dont le réalisateur capture la société anglaise m’a époustouflé. Carrey Mulligan, qui joue l’héroïne, est parfaite dans son rôle de lycéenne mutine. On commence à se prendre au jeu de cette histoire d’amour naissante entre elle et cet homme qui parvient à déjouer toutes les réticences de son père lorsqu’il faut l’emmener en virée. Pourtant, on se doute bien qu’il y a quelque chose qui cloche : d’où sort-il tout cet argent ? Comment cette histoire d’amour pourrait-elle exister entre eux ?

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Toutes ces questions que je me suis posées, le film y a répondu en deux coups de cuiller à pot. A peine à la moitié du film, on apprend que cet argent provient de transactions immobilières un peu douteuses : David (le bellâtre) et son ami font déménager des familles de Noirs dans les beaux quartiers pour forcer les personnes âgées à leur revendre à bas coût leur logement. Et c’est tout. L’argent n’est qu’une facilité scénaristique alors qu’il aurait pu être un vrai ressort dramatique pour celle qui est un peu naïve et a tendance à penser, comme le lui reproche son père, qu’il y a des arbres à sous un peu partout.

Et l’amour ? La voilà la grosse désillusion. A votre avis, quel est le point d’achoppement de cette histoire ? Il est marié. Oh, quelle surprise ! Jenny va le découvrir par hasard en ouvrant la boîte à gants de sa voiture, et elle découvrira quelques jours après en se rendant à son adresse qu’il a même un enfant… Et alors ? Eh bien rien. Alors que cette découverte était le point central du film (du moins je l’espérais), pour le réalisateur c’est la fin. Jenny le découvre, pleure, et puis voilà.

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Moi qui croyais qu’il restait à ce moment-là une grosse heure de film, j’ai été gros jean comme devant. Quelques minutes après, Jenny, qui a abandonné son lycée huppé et se voit refuser la réintégration, et avec elle tous ses espoirs d’aller à Oxford, semble prendre des cours privés avec sa professeur d’anglais. Et un beau matin, une lettre arrive au petit-déjeuner, lui signalant son admission. The end.

En sortant de là, j’ai vraiment eu l’impression que le projectionniste avait paumé une bobine. Entre ellipses narratives à répétition et clichés (on aurait pu éviter l’association Paris = Café de Flore + Juliette Gréco), il n’y a vraiment que le jeu de Carrey Mulligan pour empêcher la dépression cinématographique.

Gainsbourg, vie héroïque

Je vous préviens, cet avis est plus que subjectif, il est carrément putassier d’exhibitionnisme. Pourrez pas dire que vous saviez pas.

Hier donc, je suis allé voir ce film complètement confidentiel, dont personne n’a entendu parler : Gainsbourg, vie héroïque. Je sais pas si c’est à cause du billet d’hier sur mes confessions de sale gosse ou à cause que j’avais dîné juste avant au Préau, qui ressemble un peu au Kloog dans le concept, mais ce conte de Joann Sfar m’a fait pas mal cogiter.

Gainsbourg, vie héroïque, c’est donc une composition arty à partir de la vie de Serge Gainsbourg. Vous attendez pas à voir une fresque hyper réaliste, ce n’est pas du tout le parti pris du réalisateur. Dès le début du film, on plongera donc dans l’imaginaire enfantin du petit Lucien qui aime se raconter des histoires. Il a un double, La Gueule, projection morphologique difforme de ce qu’il est et qui le suit partout comme un écho intérieur un peu diablotin. C’est La Gueule qui sera là quand il brûlera ses toiles et renoncera à une carrière d’artiste-peintre. C’est La Gueule qui sera là sur son lit d’hôpital après son premier infarctus et le poussera à faire éclore Gainsbourg le sulfureux.

On suivra donc le parcours de Gainsbourg, depuis le petit Lucien Ginsburg qui porte son étoile jaune et le verbe haut, fasciné par les femmes, jusqu’au Serge Gainsbourg des années reggae, hirsute et terne. Entre les deux, du piano, omniprésent ; de la fumée, permanente ; des femmes, pervasives. Gréco (Anna Mouglalis), en Méduse à cheveux raides, fait un passage éclair mais séduisant. Bardot (Laëtitia Casta) est une brioche enroulée dans des draps de satin. Birkin (Lucy Gordon) est un paquet de pop corn en mini-jupe. Et Bambou (Mylène Jampanoï), une plantureuse désespérée.

Je craignais que les acteurs cherchent à imiter leurs personnages. Eh bien, je n’ai absolument pas été déçu. Eric Elsmosnino est bluffant en Gainsbourg : le mimétisme est parfait, tant dans la voix que dans les gestes. De même pour Birkin, dont on retrouve l’accent frais et particulier. Laëtitia Casta, en prenant la fâcheuse tendance à ralentir ses fins de phrases et à les décorer de moues boudeuses, frôle parfois la caricature. La seule faute de casting restera d’avoir choisi Sara Forestier pour interpréter  France Gall : elle manque de fraîcheur et de légèreté, sa voix n’a pas ces petites pièces d’argent caractéristiques de la France Gall jeune fille.

Je vous conseille vivement d’y aller, même si le film se découd au fil de la trame. Après l’épisode de l’infarctus, on perd l’ambiance du film, qui devient beaucoup plus réaliste et froid, et se termine un peu brutalement.

Ah, et si ça me fait cogiter, c’est que ça pose beaucoup de question ce film. Sortir des sentiers battus pour réaliser ce que l’on veut, avoir le courage de remettre en question ses certitudes pour aller se jeter dans une aventure incertaine, perdre ou ne pas perdre l’impertinence — forcément sincère — de ses jeunes années. Finalement, ça pose la question de savoir qui on veut être et comment on veut s’accomplir…

Je vous laisse, j’ai rendez-vous avec Mireille Dumas.