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Rétro Shoe Crush, by Joseph Fenestrier

Les amis, l’heure est solennelle. C’est le temps de Noël, des chocolats, de l’amitié, de la famille éparpillée aux quatre coins de la France mais qui se retrouve pour passer les fêtes de fin d’année, compter les centimètres en plus d’Yseult, les dents en moins de Søren, pleurer le tsunami capillaire sur la tête à Jean-Louis ou la ola permanente que fait la cellulite de Marie-Louise. La magie de Noël.

Mais non, bordel, tout ça c’est que du vent. A Noël, on se transforme. ON VEUT DU CADAL ! D’accord, mes parents ont compris qu’ils ne pouvaient plus me prendre pour un teubé après l’âge de 6 ans avec cette histoire de gros barbu qui se faufilait dans le conduit de la cheminée, même dans un grand appartement rive droite. Mais je veux dire, j’ai quand même continué à faire des wishlists tous les ans pour les Père Noël de substitution qui se trouvaient être mes amis et proches.

Et là, je vous le dis net : ma wishlist se remplit. Grâce à Joe, je découvre la nouvelle collection Joseph Fenestrier. Et surtout deux modèles incontournables : la Didot et la Bogart.

Mais oui, tu ne t’y trompes pas, ce sont bien les chaussures d’Edgar dans les Aristochats ! La preuve.

Je sais pas vous, mais j’ai une tendresse particulière pour ce genre de pièces des dressings Belle-Epoque. Les Bogart s’approchent des Balmoral et les Didot des godillots d’antan, que tu retrouves toujours dans ton grenier la semelle ouverte et le lacet raplapla. Ça me fait penser qu’un jour, il faudra sérieusement remettre à la mode le port des guêtres, dans un look casual chic par-dessus des bottines. Coupé avec un caban et discipliné par un parapluie Burberry, le style old fashioned a de quoi remplir du podium.

Je vous tiens au jus quand j’ai des news du come-back de la perruque poudrée, promis. En attendant, j’ai trouvé mon cadeau de Noël. Si vous vous sentez l’âme dispendieuse, tu me mailes et on se fait une Christmas Formal Party comme à Oxford.

Sociologie des sneakers

Les semelles de crêpe, ça ne va plus sur ce blog. Ces derniers jours, on a causé gras du bide, cantoche du primaire, et staycation. Mais on oublie sévèrement de parler de trucs sérieux, et c’est un grand tort dans un monde qui perd de jour en jour ses repères. Alors, pour le salut de mon âme, j’ai décidé d’aborder un sujet hautement crucial pour les enjeux de demain : les chaussures.

On sous-estime le rôle de boussole que peuvent jouer les chaussures dans ce monde désorienté et (pas toujours) désargenté. Si je me faisais philosophe, je dirais : « Quand on a de bonnes chaussures, on sait où on met les pieds ». Ce serait un peu short pour faire un bouquin, mais pour faire un plateau télé avec Finkielkraut, ça tiendrait.

Oui, la chaussure est un élément essentiel de toute garde-robe qui se respecte. Ne rions pas sous cape comme Estella Warren dans la pub Chanel n°5 : si les filles voient mieux le monde chaussées sur des talons haut, nous ne sommes pas en reste. A dire vrai, plus que pour toute femme, car elles se mettent à porter des talons très jeunes, notre vie est scandée par les types de chaussures que nous portons. Petits, dans les années 80 et 90, nous portions fièrement nos Nike Air Force et nos Reebok Pump. Aujourd’hui, plus grand que nous sommes, nous avons opté pour les  sneakers et les baskets de ville. Les sneakers, c’est un peu le signe de notre entrée dans le monde social, l’intégration des codes vestimentaires de l’adulte tout en se tenant quand même cramponnés à une part de notre style vestimentaire d’adolescent.

Parce que oui, on le sait tous, et on le redoute avec crainte : les sneakers sont le stade intermédiaire entre le style vestimentaire de l’adolescent et celui de l’adulte. On sait tous ce qui se profile derrière : la Jean-Marie Weston en gros cuir, la grosse grolle couleur camel qu’il faut cirer et porter avec un costume coupé droit. La grolle, elle représente tout ce qu’on déteste : la vie dans une entreprise de vente de fournitures de bureau appelée COFRATEC, les collègues à chemisette vert tilleul avec les stylos coincés dans la poche poitrine, les gens qui ont toujours eu l’habitude de travailler en bureau individuel et se retrouvent dans un open space dont ils ne connaissent pas les codes, les horaires 9h-17h quand on avait l’habitude de faire 11h-20h, la moyenne d’âge de 45 ans, des collègues qui s’appellent Monique, Chantal, Jean-Louis et Didier, n’en jetez plus, je fais une crise d’angoisse.

Et après ? Et après ? Après on aura les pieds gonflés, et on optera pour les Mephisto informes. Car alors la notion de style, de glamour, nous passera totalement au-dessus. Ce sera le confort avant tout.

Alors pour le moment, je profite de la charge émotionnelle que je peux mettre dans mes sneakers, qui par bonheur aiment vivre, se patiner, se salir délicatement, et qui se bonifient avec le vieillissement. Je prends mon courage à deux mains et je le crie haut et fort :

I SNEAKERS !

Demain les semelles de crêpe, on en recausera plus en profondeur. Je vous laisse avec l’eau à la bouche, tiens.

PhotoCaR!b0

Fais ta valise (enfin essaie)

valise1Rosalie part pour quelques jours en Italie, avec ses copines. L’appel du rosé, de la Lombardie et du soleil, c’est so chic, tu vois. Et puis, son grand rêve, ça a toujours été de rejouer les pubs pour Aoste ou Barilla, avec terrasse de nuit surplombant des villages en pierre, de la cigale qui gratte la mandoline, dolce vità à la pelleteuse, dents nacrées qui rient bruyamment et air de Verdi en fond sonore avec un peu de prosciuto di Parma. T’as vu que quand elle part en vacances, c’est pas pour se retrouver dans un Campanile crasseux, bob à fleurs sur la tête et appareil photo en bandoulière.

Hier, je me suis fait réquisitionner sans trop savoir pourquoi pour la traditionnelle « préparation de la valise ». Ça se résume en une formule : « quatre paires de chaussures, quatre heures ». Je te colle le verbatim hein, ça fait genre reporter qu’a tout enregistré. Mais je mets mes commentaires entre parenthèses, à base de lol et de fail. Je précise à toutes fins utiles que ce qui suit est un dialogue entre Rosalie et elle-même.

« Bon attends, faut pas que je perde de temps alors on va choisir vite (méthode Coué, je le sens mal). Alors déjà il me faut des chaussures plates, parce qu’en Italie c’est plein de rues pavées et tout, faut pas que je me torde la cheville… Attends je prends lesquelles de plates, j’ai les bleues, j’ai les noires et blanches, les dorées… Hum les dorées c’est pas mal pour l’Italie, en fait, ça fera trop classe… Ouais mais nan, vaut mieux que je prenne les noires classiques, ça ira avec tout. T’en penses quoi, Jules ? »

C’était un peu genre on m’expliquait le fonctionnement d’un réacteur nucléaire en terminant par un « n’est-ce pas ? ». Du coup, j’ai dit « oui » (grosse réflexion).

« Ouais, t’as raison, les dorées (qu’on m’explique comment un « oui » peut faire changer d’avis une femme, je veux bien). Bon ça fait déjà une paire. Maintenant, il me faut des chaussures confortables, parce qu’on risque de marcher (vous remarquerez qu’elle choisit d’abord des jolies avant des confortables…), ah elles sont bien celles-ci, avec les semelles compensées, en plus elles sont légères et agréables, vas-y je les prends (une décision sans hésitation, ça se fête). Bon maintenant, il m’en faut une pour voyager, je veux pas m’embêter, je vais prendre mes Converse, ça s’est réglé. »

Rosalie s’apprête à boucler son sac à chaussures. Mais rebondissement.

« Ah ! Quelle nouille ! J’ai oublié mes chaussures de soirée si on sort, quelle idiote. Bon attends, j’ai quoi ? J’ai mes escarpins carmin, mes Mellow Yellow, les Karine Arabian, mes sandales à lanières, les talons noirs oh la la j’avais oublié comme elles sont trop belles celles-ci, hum en même temps les Karine Arabian il me les faut si on rencontre George Clooney… »

Rosalie et ses copines ont prévu de traîner autour du lac de Côme…

« Ah, mais j’arrive pas à choisir, pfffff vous avez vraiment de la chance vous les mecs de ne pas avoir ces problèmes, franchement ça vous prend cinq minutes même pas de choisir vos quatre paires de chaussures, c’est pas juste ! »

J’ai fait une tête genre « Qué ? ». Quatre paires de chaussures pour quatre jours ?? Même Nadal à Roland-Garros il en a pas une par jour ! Du coup, je suis passé à l’action, en mode pragmatisme selon moi, en mode torture selon elle.

« MAIS JE TE DIS QU’IL ME FAUT CELLES-LA ! POURQUOI ? PARCE QUE ! »

« Mais t’imagines pas, si on rencontre des mecs sympa là-bas, je peux pas passer la soirée avec les chaussures que j’ai passées toute la journée pffff ! »

« NON, ces sandales-là sont pas la tendance de l’été, je t’ai déjà dit que c’était le violet !!! NON JE SUIS PAS HYSTERIQUE, mais tu m’aides vraiment pas, franchement !!! »

« Allez, steuplé, je te jure qu’il faut une quatrième paire !… Mais je m’en fous, on les mettra en soute les bagages de toute façon, au pire je prends une paire dans mon sac à main… Steuplé steuplé steuplé steuplé, une dernière… »

A 23h30, bouclée était la valise. De chaussures.

On recommence aujourd’hui avec les habits. Quelqu’un pour m’héberger ?

(Photo FlickRMalias)