On dirait qu’ça t’gêne de marcher dans la boue !
On dirait qu’ça t’gêne de dîner avec nous !
Ce week-end, je n’étais pas dans le Loir-et-Cher, mais à Montmorency ! Ouh que j’ai eu peur quand Rosalie m’a sorti la semaine dernière : « Ce week-end, on va chez mes amies, c’est leur anniversaire ». J’ai couru voir mon carnet de santé : je n’étais plus à jour de mes vaccins, interdiction de passer le périph !
« Mais non, à Montmorency, y’a un corridor sanitaire, ça craint rien, qu’elle m’a dit pour me rassurer. En plus, c’est de la belle maison bourgeoise avec parc privé, tu seras pas dépaysé ».
« Ouf », que j’ai fait mi-craintif, mi-raisin. C’est que la dernière fois que j’ai été imprudent, je m’en suis sorti avec des bouffées de chaleur à la vue de trucs à plumes qui dodelinent de la tête en faisant cot-cot, qu’on m’a dit que ça s’appelait poules.
Le vendredi soir donc, à l’heure où blanchit la campagne, nous partîmes joyeusement pour la Gare du Nord. Et là, horreur, enfer et damnation ! Je pensais naïvement que le lieu de villégiature se trouverait aux abords d’une ligne RER un peu semi-chic. Mais las ! Il a fallu prendre un train de banlieue.
Un train de banlieue !
J’ai senti les palpitations remonter, d’autant plus qu’au même moment, mon iPhone a décidé de pleurer toutes les larmes de son corps : PLUS DE RESEAU. Rosalie m’a regardé d’un œil réprobateur, du style : « T’essaie de partir, je te colle deux bastos dans le dos ». Alors j’ai respiré profondément et je me suis lancé dans de la lecture hautement intellectuelle, mais légèrement plus upper-class que Guillaume Musso. Heureusement qu’au bout de 10 minutes on est arrivés à Enghien-les-Bains.
La vérité, c’est que j’ai grave trouillardé pour rien. Car de fermes avec de la paille, de poules qui pondent, de tomates bizarroïdes, de fermier crasseux en sabots, de plaques de bouse séchées et d’ennui mortel, il n’y eut pas.
La vérité (season 2), c’est qu’en fait la maison des parents de Rosalie, je l’avais oublié, est très grande, avec deux étages, terrasse en teck et grand jardin. A Montmorency, à l’heure de la soupe, on prend encore l’apéro, et dans son allée, il y a plus de pick-ups que de tracteurs. On a frôlé la catastrophe !
Tout de même, ça fait un bien fou de pouvoir quitter Paris et ses turpitudes de temps en temps. Malgré notre snobisme bien ancré et nos habitudes citadines, un petit havre de paix à quelques enjambées de Paris offre un refuge accueillant.

Le plus important, je crois, c’est de vivre ces moments de complicité avec tous ces couples néanmoins amis qui discutent entre eux en terrasse autour d’un verre, le soir dans le salon aux plafonds moulurés autour de quelques tomates cerises et de whisky pour les hommes, porto pour les filles, vrombissent ensemble dans la grande cuisine rustique pour mettre chacun un peu la main à la pâte. On sent une ambiance d’auberge espagnole, de soir de réveillon, quand on entend les pneus crisser sur les gravillons, quand chaque couple arrive l’un après l’autre pendant que la ruche s’affaire.

Et puis le long dîner du soir, où l’on se dit toutes ces choses qu’on n’avait pu se dire depuis la dernière fois qu’on s’est vus, trop pris par le travail, la course folle dans Paris et les petits tracas du quotidien. Du bon vin, les petits plats dans les grands, les jolies nappes, le partage d’expériences diverses et de petites anecdotes, les ragots bien sentis qui traînent par-ci par-là, aussi. Au final, chacun va se coucher le cœur plus léger, la tête plus vide des petits soucis, même si le bide est rempli jusqu’à la glotte.

Et puis il y a ces dimanches matin, où on se lève tard, pile au moment où il fait encore un peu frisquet (bon en même temps il a plu ce week-end, comment ça flingue le romantisme de la situation !). Au rez-de-chaussée de la maison, tout est vide : quelques verres traînent encore, ce qu’il reste du tiramisù aux fraises a été oublié sur la table de la salle à manger, le mascarpone avachi autour de la cuillère en bois un peu genre Al Bundy dans son canapé. En tendant l’oreille, on pourrait presque encore entendre les rires de la veille capturés dans les appliques murales et dans les salières oubliées parmi la composition florale au centre de la table.

Dans les chambres, tout le monde est réveillé mais personne n’ose sortir en premier. Alors il y a les téméraires, Rosalie et moi, qui nous précipitons dans les deux salles de bain de libres (ah ouais, réflexe de crevard, comme au camping). Alors d’un coup, les portes s’entrebâillent, chacun se glisse à son tour dans la salle de bain puis descend sur la terrasse. It’s brunch time ! Un grand moment de convivialité tranquille autour de pain grillé, de bon jus d’orange et de fruits, entre trentenaires et presque trentenaires installés dans leurs vies, bien dans leur tête et dans leur corps, heureux d’être là où ils en sont. En même temps qu’on engloutit les vitamines, la proximité positive de nos amis nous remplit d’énergie pour attaquer la semaine. Ouf, moi qui me disais que le brunch était en train de me vieillir !
Certains partent tout de suite après, mais d’autres restent l’après-midi. Et quoi de mieux pour passer l’après-midi qu’un jeu de société où l’on réinvente les règles comme on le faisait en étant plus jeunes ? Et c’est dans ces moments-là que les langues se délient, que les discussions à tête reposée, avec le thé vert et les petits macarons, se déroulent à quatre langues. Doucement le dimanche soir s’avance, le périph’ se bouche et les gares se remplissent de Parisiens rentrant de week-end. Avec Rosalie, on rentre chez ses parents : la maison nous a attendu seule depuis samedi. On retrouve du calme et de l’intimité devant un plateau-repas et devant les super reportages d’M6 sur le barbeuk’ à Raymond et le business des piscines en plastoc. La semaine commence bien…
La vérité vraie, c’est que Montmorency, j’ai juste über-kiffé.