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Rubrique des chiens écrasés

Dimanche avec Rosalie, on a battu le pavé en bitume autour de la casbah. Y’avait les semelles de ses Repetto qui faisaient frot-frot et les semelles de mes nouvelles sneakers qui faisaient scrouitch-scrouitch (mais de celles-ci, on en recausera). Et comme il y avait du vent, mon trench faisait flap-flap pendant que le sac à main de Rosalie faisait cling-cling (oui, elle a un gros trousseau). On va bientôt ouvrir une page MySpace, je crois.

C’est-à-dire que y’a pas, le 3e arrondissement, c’est pas un sentier de randonnée non plus. De bords de Seine, il n’y a point. De grand parc non plus. Par contre, de la rue qui fait ressembler ton quartier à une grande carte Michelin, y’a. Va savoir la logique dans l’enchevêtrement des rues de Poitou, Saintonge, Normandie, Beauce, Béarn, Montmorency, Thorigny, Turenne, Bretagne… On s’y perd.

De toute façon, on peut pas vraiment dire qu’on s’est promenés. Je crois qu’on ressemblait plus à deux outres sur le point d’exploser et qui se traînaient au ralenti. C’est que, même si je pensais très fort au régime détox de la 400, j’ai pas vraiment eu de scrupules à aller bruncher sur les 15h. Les scrupules, ils viennent toujours après, je pense même que c’est eux qui t’appuient sur l’estomac pour te chanter le « Tiens, voilà du boudin » qui te donne la nausée.

Mais, tout de même, au hasard d’une rue, il y eut de l’art :

chien écrasé

Le pauvre chien, stoppé dans son agile mouvement. Il commence même à avoir des décollements de racines (en ce moment, le sport favori de Rosalie est de débusquer les racines mal faites des filles qui passent à la télé, surtout dans Moundir, l’aventurier de l’amour. Laisse-moi te dire qu’au bout de 10 par jour, tu vois des racines partout…)

Ah, et sinon il y a de mauvaises langues qui colportent la rumeur selon laquelle j’aurais pris un an de plus dimanche. Je vais demander conseil à Adjani pour savoir comment réagir à cette infâme calomnie.

Une partie de campagne

On dirait qu’ça t’gêne de marcher dans la boue !
On dirait qu’ça t’gêne de dîner avec nous !

Ce week-end, je n’étais pas dans le Loir-et-Cher, mais à Montmorency ! Ouh que j’ai eu peur quand Rosalie m’a sorti la semaine dernière : « Ce week-end, on va chez mes amies, c’est leur anniversaire ». J’ai couru voir mon carnet de santé : je n’étais plus à jour de mes vaccins, interdiction de passer le périph !

« Mais non, à Montmorency, y’a un corridor sanitaire, ça craint rien, qu’elle m’a dit pour me rassurer. En plus, c’est de la belle maison bourgeoise avec parc privé, tu seras pas dépaysé ».

« Ouf », que j’ai fait mi-craintif, mi-raisin. C’est que la dernière fois que j’ai été imprudent, je m’en suis sorti avec des bouffées de chaleur à la vue de trucs à plumes qui dodelinent de la tête en faisant cot-cot, qu’on m’a dit que ça s’appelait poules.

Le vendredi soir donc, à l’heure où blanchit la campagne, nous partîmes joyeusement pour la Gare du Nord. Et là, horreur, enfer et damnation ! Je pensais naïvement que le lieu de villégiature se trouverait aux abords d’une ligne RER un peu semi-chic. Mais las ! Il a fallu prendre un train de banlieue.

Un train de banlieue !

J’ai senti les palpitations remonter, d’autant plus qu’au même moment, mon iPhone a décidé de pleurer toutes les larmes de son corps : PLUS DE RESEAU. Rosalie m’a regardé d’un œil réprobateur, du style : « T’essaie de partir, je te colle deux bastos dans le dos ». Alors j’ai respiré profondément et je me suis lancé dans de la lecture hautement intellectuelle, mais légèrement plus upper-class que Guillaume Musso. Heureusement qu’au bout de 10 minutes on est arrivés à Enghien-les-Bains.

La vérité, c’est que j’ai grave trouillardé pour rien. Car de fermes avec de la paille, de poules qui pondent, de tomates bizarroïdes, de fermier crasseux en sabots, de plaques de bouse séchées et d’ennui mortel, il n’y eut pas.

La vérité (season 2), c’est qu’en fait la maison des parents de Rosalie, je l’avais oublié, est très grande, avec deux étages, terrasse en teck et grand jardin. A Montmorency, à l’heure de la soupe, on prend encore l’apéro, et dans son allée, il y a plus de pick-ups que de tracteurs. On a frôlé la catastrophe !
Tout de même, ça fait un bien fou de pouvoir quitter Paris et ses turpitudes de temps en temps. Malgré notre snobisme bien ancré et nos habitudes citadines, un petit havre de paix à quelques enjambées de Paris offre un refuge accueillant.

Montmorency

Le plus important, je crois, c’est de vivre ces moments de complicité avec tous ces couples néanmoins amis qui discutent entre eux en terrasse autour d’un verre, le soir dans le salon aux plafonds moulurés autour de quelques tomates cerises et de whisky pour les hommes, porto pour les filles, vrombissent ensemble dans la grande cuisine rustique pour mettre chacun un peu la main à la pâte. On sent une ambiance d’auberge espagnole, de soir de réveillon, quand on entend les pneus crisser sur les gravillons, quand chaque couple arrive l’un après l’autre pendant que la ruche s’affaire.

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Et puis le long dîner du soir, où l’on se dit toutes ces choses qu’on n’avait pu se dire depuis la dernière fois qu’on s’est vus, trop pris par le travail, la course folle dans Paris et les petits tracas du quotidien. Du bon vin, les petits plats dans les grands, les jolies nappes, le partage d’expériences diverses et de petites anecdotes, les ragots bien sentis qui traînent par-ci par-là, aussi. Au final, chacun va se coucher le cœur plus léger, la tête plus vide des petits soucis, même si le bide est rempli jusqu’à la glotte.

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Et puis il y a ces dimanches matin, où on se lève tard, pile au moment où il fait encore un peu frisquet (bon en même temps il a plu ce week-end, comment ça flingue le romantisme de la situation !). Au rez-de-chaussée de la maison, tout est vide : quelques verres traînent encore, ce qu’il reste du tiramisù aux fraises a été oublié sur la table de la salle à manger, le mascarpone avachi autour de la cuillère en bois un peu genre Al Bundy dans son canapé. En tendant l’oreille, on pourrait presque encore entendre les rires de la veille capturés dans les appliques murales et dans les salières oubliées parmi la composition florale au centre de la table.

Montmorency4

Dans les chambres, tout le monde est réveillé mais personne n’ose sortir en premier. Alors il y a les téméraires, Rosalie et moi, qui nous précipitons dans les deux salles de bain de libres (ah ouais, réflexe de crevard, comme au camping). Alors d’un coup, les portes s’entrebâillent, chacun se glisse à son tour dans la salle de bain puis descend sur la terrasse. It’s brunch time ! Un grand moment de convivialité tranquille autour de pain grillé, de bon jus d’orange et de fruits, entre trentenaires et presque trentenaires installés dans leurs vies, bien dans leur tête et dans leur corps, heureux d’être là où ils en sont. En même temps qu’on engloutit les vitamines, la proximité positive de nos amis nous remplit d’énergie pour attaquer la semaine. Ouf, moi qui me disais que le brunch était en train de me vieillir !

Certains partent tout de suite après, mais d’autres restent l’après-midi. Et quoi de mieux pour passer l’après-midi qu’un jeu de société où l’on réinvente les règles comme on le faisait en étant plus jeunes ? Et c’est dans ces moments-là que les langues se délient, que les discussions à tête reposée, avec le thé vert et les petits macarons, se déroulent à quatre langues. Doucement le dimanche soir s’avance, le périph’ se bouche et les gares se remplissent de Parisiens rentrant de week-end. Avec Rosalie, on rentre chez ses parents : la maison nous a attendu seule depuis samedi. On retrouve du calme et de l’intimité devant un plateau-repas et devant les super reportages d’M6 sur le barbeuk’ à Raymond et le business des piscines en plastoc. La semaine commence bien…

La vérité vraie, c’est que Montmorency, j’ai juste über-kiffé.

Sunday morning

Je peux pas dire que comme Edith Piaf, « je haïsse les dimanches ».

C’est formidable comme en l’espace de quelques années, notre génération a complètement pris le dessus sur le côté ronflant du dimanche, vous ne trouvez pas ? Du temps de mes parents, le dimanche, on se faisait chier ferme. On se jetait comme des morts-de-faim sur le Journal du Dimanche le matin, et l’après-midi, ceux qui avaient lu toute la page des sports se retrouvaient gros-jean-comme-devant. Je caricature à peine.

Depuis quelques années, mon dimanche est une mécanique huilée. Brunch traditionnel à 11h. Une fois sur deux, c’est avec des valises sous les yeux, les RayBan sur le visage qui ne le quittent pas, même à l’intérieur, trois Alka-Seltzer dans le collier pour masquer les ravages de la veille. Le brunch, tout le monde veut te faire croire que c’est un concept super, qui met du piquant dans ta semaine. Ça te donne une bonne raison de manger n’importe quoi à l’heure qui n’est pas prévue à cet effet : café, jus de fruits, pommes sautées, poisson, viande, viennoiseries, pains…

Avec les beaux jours, l’open air devient même un ingrédient indispensable : au soleil, le temps s’arrête, un goût d’été se mêle aux vapeurs du café et à la sarabande sucrée-salée. C’est le moment idéal pour y aller avec des amis, et de profiter des deux heures environ que dure chaque brunch pour discuter et se retrouver.

Moi je dis : bullshit.

A chaque fois que je vais bruncher la tête à l’envers, je me rends compte à quel point le brunch est en fait un truc vachement sociologique (Attention là ça va décoiffer). Bon, à 11h, en général, ceux qui peuvent se permettre de prendre un brunch sont sans enfants (jusque là tu suis ?). Pour bruncher à 11h, si t’es comme moi, faut se lever tard, parce que dès que j’ouvre l’oeil j’ai une espèce de mécanisme automatique de mise en route de l’estomac qui hurle à la famine. Eh ben ça ne manque pas : aux terrasses, tu ne vois que des bientôt-trentenaires ou des toujuste-trentenaires la mèche rebelle et le scooter garé en double-file, qui viennent partager ma terrasse. Ah ça ! je peux te dire que ça se regarde du coin de l’oeil !

Du coup, je me demande : mais alors le brunch c’est un truc de jeunes sans enfants ? Si un jour j’en veux plus, ça veut dire que je vieillis ? Engloutir saucisses et croissants en l’espace de 4 minutes avec une gueule de bois serait-il une prouesse que seul un corps de jeunes pourrait se permettre ?

Bonjour l’angoisse. Je hais les brunchs.

(Photo FlickRMetamuro)