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Grazie Grazia ?

Les copines (et les copains aussi),

Vu que sur ce blog il y a visiblement plus d’hommes à cheveux longs, à ongles faits et perché(e)s sur des talons que d’hommes à cheveux pas longs, aux ongles normalement coupés et à richelieus classos ou à sneakers easy chic, j’ai succombé à la tentation du magazine féminin.

Oui. J’ai acheté Grazia. Et, mieux. Je l’ai lu. Et encore mieux : je vais vous en parler.

Grazia donc, les copains-copines, c’est un nouveau magazine féminin. Enfin, c’est la version française d’un magazine italien et qui depuis à 11 éditions internationales : Grazia France est la 12e. D’emblée il veut se poser sur le terrain du féminin-people haut-de-gamme et concurrencer Elle et Gala (entre autres). Oui, les autres, c’est trop cheap et easy pouf tu comprends ? On tape que dans l’upper class chez Grazia.

Dès l’édito, on nous sert la formule magique : « Grazia c’est 45% de mode et beauté, 35% d’actu, 10% de people et 10% de culture ». OK.

Je dois l’avouer, je n’ai pas été convaincu par le côté fourre-tout du magazine. Faire du people, c’est bien, d’autant plus que Grazia fait dans le people chic, en laissant à Voici le soin d’annoncer la couleur de la mooncup de Virginie Efira. Mais deux pages plus loin, on retombe sur de la mode, coincée en plein milieu d’un reportage façon Nouvel Obs’ sur les enfants détenus dans les centres de rétention. Du coup, ça me donne l’impression que Grazia veut tout faire, mais fait tout moyennement.

Je n’ai pas du tout aimé la maquette. Le format est trop grand, le choix des couleurs et les maquettes ne collent pas à l’ambition glam’-chic du magazine : c’est assez banal, et un peu sans saveur. Mais les goûts et les couleurs…

Pour un premier numéro, je m’attendais à quelque chose de spectaculaire, qui soulève un grand nombre d’abonnements, mais tant dans le choix des sujets, que dans la manière de les traiter, ça se démarque très peu des autres magazines. Il y a quand même quelques rubriques sympa et innovantes : la Fashion Police (un scanner des looks de stars par une brigade de choc), le Style Hunter, qui reprend l’idée du Sartorialist, l’O.F.N.I. qui présente des objets fashion kitsch, moches, vulgos ou très second degré, etc. L’idée des in10pensables est très bien trouvée, ça ressemble à un super sommaire en forme d’éventail.

Mais dans l’ensemble, on retrouve la même chose que chez les concurrents. Le ton un peu trop prescripteur et un peu trop m’as-tu-vu à mon goût : je sais bien que le lectorat moyen n’habite pas à Paris, mais pour ceux qui sont quand même un peu in de l’attitude, il y a certains mots qu’on n’aime plus lire, ça nous donne l’impression d’être des demeurés. Les sujets sont parfois à peine effleurés : celui sur la grippe A chez les people aurait pu être très amusant s’il n’avait pas consisté en un simple listing des people touchés. L’article sur les lolitrentenaires façon Tania Bruna-Rosso est super intéressant, mais est un peu incohérent : au début on parle de trentenaires un poil bitchy et régressives qui refusent les codes de vie de leur âge, mais on illustre ça avec des photos de… Virginie Efira et Emma de Caunes, qui sont mariées depuis plusieurs années ! Et puis, comme tu le sais, je n’adhère pas à l’idée de la trentenaire frivole. Même avec un job en or, même avec une sensibilité culturelle très développée, même shoppeuse+++, la CSP+/lolitrentenaire/bobo a son horloge biologique qui la travaille autour de la trentaine. Même Clara Sheller.

De manière générale, le gros problème du magazine, c’est son manque d’audace. Grazia se veut un GQ au féminin. Mais le succès de GQ justement a reposé sur la révolution opérée dans les masculins. Avant, la référence en matière de magazine masculin, c’était FHM et Maximal, autant dire ciblés tuning et gros lolos. FHM était sponsor officiels des soirées AxeBoat l’été, c’est dire. Ca pour sûr, le CSP+ raffiné y trouvait son compte. Et puis quand GQ est arrivé, il a su parler d’une autre manière : tendances, mode, beauté, et surtout style de vie : boulot, sexe, loisirs, et vie perso.

C’est ce qui manque à Grazia. Il y a trop de mode, trop de beauté, la presse féminine en est bombardée depuis la nuit des temps (et peut-être même depuis l’heure de l’apéro des temps). Il gagnerait à parler un poil plus de choses profondes, même en gardant un ton léger. L’article du mâle sex-addict à Meetic mais repenti et qui trouve l’amour m’a bien fait rire tant il était convenu et insipide. GQ s’offre des plumes intéressantes comme David Abiker pour parler boulot, écologie, sexe, politique, d’une manière très intéressante. Mais en période de crise publicitaire (et chapeau bas pour l’audace de le lancer à ce moment-là), j’ai comme l’impression qu’ils ont cédé à la facilité pour ne pas effrayer les annonceurs…

Je pense que les femmes attendent ça d’un magazine féminin : moins de prescription, mais plus de conseils, de choses qu’elles peuvent appliquer dans la vie de tous les jours. Femme Actuelle fait ça très bien, et Elle ne le néglige pas. Mais visiblement, Grazia cible des trentenaires célibataires parisiennes à fort pouvoir d’achat pour qui la notion d’enfant, de vie de couple, ou des choses sérieuses de la vie, n’a pas de réalité. C’est dommage, car d’une c’est faux, même cette catégorie s’intéresse à des choses raffinées, et d’autre part ça affadit vraiment le magazine.

Des encouragements donc, mais le magazine a besoin de monter en gamme !

Vous en avez pensé quoi de Grazia, copains lecteurs à pas talons et lecteuses à talons ?

Elegance Academy #8 — A la conquête des parts de marché affectif

Bonjour ou bonne nuit,

La semaine dernière, il y avait un gros vilain à AmEx Gold et à sourire ravageur qui nous barrait la route vers la CSP+. Qu’est-ce qu’il était méchant tout plein, à faire genre ouais tu peux concourir minus de toute façon t’as aucune chance, ou carrément à nous menacer de nous déboîter la mâchoire. Mais fort heureusement, on a la solution. Elle découle d’un vieux principe moldave : si t’as pas de bras, j’espère pour toi que t’as un cerveau, sinon t’es mal barré.

Voici donc quelques possibilités de roublardise. Pour chacune, on évitera la réponse en contact trop rapproché, par mesure de précaution (oui, car le douchebag cspéplusé a une sacrée allonge) :

« Monsieur,

Tout à l’heure vous m’avez signifié assez clairement que ma tentative de séduction auprès de @la_csp+ était un gros #fail.

Je suis au regret de vous dire que, fort d’un page rank Google de 7, d’un nombre de PV de 65 000 par mois provenant de 24 000 VU, d’un actif de 1 500 followers sur Twitter, 2 300 friends sur Facebook (tu sais, le truc auquel tu viens de t’inscrire, pauvre n00b), et d’un panier déjà rempli de plus de 45 invitations blogueurs en un an et de 150 produits publicitaires offerts, je suis en mesure de vous salir salement la réputation sur le ouaibe 2.0 #epicfail.

Mais ma magnanimité sera grande (cmb). Laisse-moi la CSP+, et je ne m’abaisserai pas à ruiner ta petite (ctb) image.

Tu peux pas test.

XOXO »

Concurrence déloyale

« Bro,

Bon, on va pas se la raconter. On est chez Marlusse&Lapin, de la brune à gros salaire, il n’y a que ça.

Alors je te propose un deal : tu me laisses la CSP+, et je te laisse toutes les autres. Ca me semble un deal acceptable, t’en dis quoi ?

En prime, je t’offre un mojito.

Le mec là-bas »

Entente sur les prix

« Hey mec,

Je crois que tout à l’heure au bar, j’ai pris ton iPhone par mégarde. C’est dingue, ils se ressemblent tous, et j’avais pas fait attention que le mien était dans ma poche. Je pianote dessus depuis quelques minutes et je trouve des trucs super intéressants.

Je pense que la CSP+ qu’on convoite tous les deux sera ravie d’apprendre que dans le dossier « Targets août 2009 », son numéro figure en compagnie d’une Yseult, de deux Mélanie, d’une Constance, d’une Lucie, d’une Salomé et d’une Jeanne. Ca va, tu tapes dans le haut-de-gamme, toi ! Et je suis super content d’apprendre en lisant ton agenda que tu as rendez-vous chez ton proctologue mardi prochain.

Si tu veux garder tes targets et ta réputation intacte, tu sais ce qu’il te reste à faire : get out while I get laid.

Dude. »

Espionnage industriel et chantage

« Hey mec,

Rien. Haha.

Pendant que tu lis ça, tu n’as pas vu que je m’étais approché de la table de sa table et que j’avais entamé la discussion. Mince, comment tu vas faire ? Venir me fracasser sous ses yeux et prendre le risque de louper ta target ? Si tu veux jouer sur le même terrain que moi, va falloir attendre ton tour.

Kissou »

Conquête de PMA et victoire concurentielle

Là-dessus, le douchebag cspéplusé roule la feuille en boule, se mord le poing, et s’en va. La sagesse moldave a des vertus inespérées. Par contre, elle est suceptible de t’envoyer croupir 75 ans en prison.

La semaine prochaine, level 2 ! On a réussi à approcher la CSP+ !

pagerule

Previously on Elegance Academy :

#7 — La concurrence libre et non faussée
#6 — Love at first poke ?
#5 — Tenter une approche
#4 — La CSP+ dans son milieu naturel
#3 — The matchmaking theory
#2 — Comment ne pas être un douchebag
#1 — On pose les bases

Elegance Academy #7 — La concurrence libre et non faussée

Si la CSP+ est toujours célibataire à trente ans, ce n’est pas par un manque d’occasions. Bien au contraire. Au supermarché des mecs branchés à bonne situation et à fort compte en banque, elle est tellement sur-sollicitée qu’elle se retrouve dans la même situation que si elle devait acheter un shampooing. Dès lors qu’il lave et qu’il sent bon, comment faire son choix : au joli package ? le démêlant ? le revitalisant cheveux blonds longs et fins qu’on lave le mardi et le samedi ? le spécial cheveux bruns un peu fatigués par le soleil d’Arcachon mais qui frisouillent très vite ?

Autant dire que lorsqu’on cherche à séduire une CSP+, s’imaginer être en position de monopole pour satisfaire ses besoins relève vite de l’utopie meurtrière. Qu’on se le dise : le modèle concurrentiel de la séduction ressemble moins au trio Coca-Pepsi-Virgin qu’au marché des escarpins trendy. La CSP+ est toujours un morceau de choix au rayon boucherie : délicat, rare et onéreux, il attise la convoitise des pauvres qui bavent d’envie comme sur un gigot du dimanche et des friqués qui traquent les morceaux nobles pour se démarquer du bas peuple qui consomme les abats et les restes. Et, comme tout ce qui est rare et cher, la CSP+ en séduit plus d’un — dont toi, n’oublie pas ton objectif.

Voici donc un petit manuel de survie dans l’univers concurrentiel de la séduction, l’objectif étant naturellement de tailler à la serpe des PMA — parts de marché affectif — dans un marché libre et non faussé.

LA CONCURRENCE BIAISEE

Vous êtes chez Marlusse & Lapin, autre troquet prisé des CSP+ à longue chevelure. Elle est là, assise sur une table d’angle mi-banquette, mi-chaises, avec deux amies à longue chevelure et à ongles rouge pétard, toutes trois devant un verre de Chardonnay. En ayant bien pris soin de vous dé-douchebaguer au préalable, vous êtes sûr de votre coup, cette fois-ci. C’est le bon endroit, vous pouvez tenter une approche. Votre objectif : l’emmener dans le coin chambre cosy au fond du bar, pour terminer la soirée en pre-lovers. Sauf que.

Il y a cet hombre über-sexuel dans son costume Salvatore Ferragamo à un SMIC, quand vous exhibez fièrement partout où vous allez votre pull Dirk Bikkembergs que vous avez péniblement arraché lors d’une solde d’hiver. Lui, est coiffé d’une raie so preppy à la JFK, quand vos cheveux broussailleux sont en rééducation dans un camp de Marines pour les discipliner. Lui, peut se permettre ce soir d’offrir élégamment aux trois demoiselles un ou deux magnums de Veuve-Cliquot, quand vous ne leur offrirez que des mojitos en veulent-elles, en voilà. Lui, est manager chez Ernst&Young, quand vous venez de signer votre CDI sous-payé de chef de pub — l’inflation des titres, la déflation des salaires…

Quoi que vous fassiez, élégamment ou non, l’hombre über-sexuel aura toujours une longueur d’avance grâce à son capital de départ. Bienvenue dans la concurrence faussée.

Photo FlickRDrCraig

LE CHALLENGE IMPOSSIBLE

La chance sourit aux audacieux, vous dites-vous si vous avez un minimum de lettres. Sur un malentendu ça peut marcher, vous dites-vous si les lettres vous font défaut. Offrir de la Veuve-Cliquot à une desperate bachelorette, quel manque de classe, c’est lui augurer un avenir sentimental des plus noirs possible. Voilà que l’hombre übersexuel est un colosse aux pieds d’argile. Certes chaussés de Berlutti, mais d’argile quand même sont ses pieds manucurés.

Vous allez le challenger, et qu’importe si dans l’arène vous êtes le frêle boxeur de Mulhouse et lui Muhammad Ali au sommet de sa gloire. Que vous croyez.

Armé de votre plus beau sourire et de votre carte bleue, vous comptez bien lui montrer que la valeur n’attend pas le nombre des zéros alignés sur votre compte bancaire. Sauf qu’au moment où vous passez devant lui, vous déchantez vite. Non content d’avoir une AmEx Gold, l’hombre übersexuel possède un tour de biceps gros comme vos cuisses. Et visiblement, vu la façon dont ils tressautent sous son costume, il ne semble pas passablement enchanté par l’idée que vous lui piquiez sa target.

Le voilà qui menace de vous intenter un procès coup de poing pour concurrence déloyale. Vous avez parfaitement le droit de remettre en cause son monopole, mais ce sera à vos risques et périls, et ses dix avocats conglomérés en deux cabinets de cinq, Mandale&Torgnole, semblent plutôt dissuasifs. Bienvenue dans la concurrence non-libre.

Devant l’entrelacs des procédures juridiques auxquelles vous pigez que dalle, il vous reste deux solutions : vous écraser ou relever gaillardement le défi de la séduction en milieu sévèrement concurrentiel.

La suite du feuilleton la semaine prochaine !

pagerule

Previously on Elegance Academy :

#6 — Love at first poke ?
#5 — Tenter une approche
#4 — La CSP+ dans son milieu naturel
#3 — The matchmaking theory
#2 — Comment ne pas être un douchebag
#1 — On pose les bases