Paris by night
Paris by night »
Dimanche avec Rosalie, on a battu le pavé en bitume autour de la casbah. Y’avait les semelles de ses Repetto qui faisaient frot-frot et les semelles de mes nouvelles sneakers qui faisaient scrouitch-scrouitch (mais de celles-ci, on en recausera). Et comme il y avait du vent, mon trench faisait flap-flap pendant que le sac à main de Rosalie faisait cling-cling (oui, elle a un gros trousseau). On va bientôt ouvrir une page MySpace, je crois.
C’est-à-dire que y’a pas, le 3e arrondissement, c’est pas un sentier de randonnée non plus. De bords de Seine, il n’y a point. De grand parc non plus. Par contre, de la rue qui fait ressembler ton quartier à une grande carte Michelin, y’a. Va savoir la logique dans l’enchevêtrement des rues de Poitou, Saintonge, Normandie, Beauce, Béarn, Montmorency, Thorigny, Turenne, Bretagne… On s’y perd.
De toute façon, on peut pas vraiment dire qu’on s’est promenés. Je crois qu’on ressemblait plus à deux outres sur le point d’exploser et qui se traînaient au ralenti. C’est que, même si je pensais très fort au régime détox de la 400, j’ai pas vraiment eu de scrupules à aller bruncher sur les 15h. Les scrupules, ils viennent toujours après, je pense même que c’est eux qui t’appuient sur l’estomac pour te chanter le « Tiens, voilà du boudin » qui te donne la nausée.
Mais, tout de même, au hasard d’une rue, il y eut de l’art :

Le pauvre chien, stoppé dans son agile mouvement. Il commence même à avoir des décollements de racines (en ce moment, le sport favori de Rosalie est de débusquer les racines mal faites des filles qui passent à la télé, surtout dans Moundir, l’aventurier de l’amour. Laisse-moi te dire qu’au bout de 10 par jour, tu vois des racines partout…)
Ah, et sinon il y a de mauvaises langues qui colportent la rumeur selon laquelle j’aurais pris un an de plus dimanche. Je vais demander conseil à Adjani pour savoir comment réagir à cette infâme calomnie.
Paris by night »

Si vous vous souvenez bien, j’ai décarré des Batignolles y’a pas lourd. J’ai quitté un quartier de trentenaires névrosés traînant leurs poussettes rue Legendre pour un quartier de trentenaires névrosés traînant leurs gosses par la main rue de Bretagne.
De prime abord, tu pourrais te dire que niveau mal du pays, je suis plutôt vernis. Que tu crois ! Déménager, c’est toujours un traumatisme, quand on y pense. Je me rappelle que quand j’avais l’âge d’avaler des Mister Freeze pour le goûter et que Renault présentait sa Twingo au Mondial de l’Auto, j’ai dû faire mon baluchon et changer de tié-quar : adieu Julie N. (ouais, la même que je draguais à coup de répliques d’Aladdin), adieu les deux platanes qui jouaient le martyr de San Sebastian sous les coups de boutoir de vieux ballons de foot rapiécés, adieu adieu. Quand t’es môme, déménager c’est toujours une injustice : tu perds tes copains, tes repères et ton camion de glaces. Et malgré ce que tes parents te disent, non, ça ne sera jamais pareil.
Par chance, quand tu grandis, tu les gardes, tes copains. Sauf que tes repères, tintin !

Photo FlickR — Ivan Constantin
Et depuis deux mois, les sanglots longs des violons de l’automne (et de l’hiver). En deux mois, j’ai réussi à reconstruire mon environnement : j’ai trouvé ma boulangerie à file d’attente de 150 mètres le samedi matin 10h, mon fournisseur de barbaque, mon poiscailler, le fleuriste, et caetera, et caetera. MAIS JE N’AI TOUJOURS PAS TROUVÉ MON BISTROT DE QUARTIER, MERDRE A LA FIN ! Ma seconde maison, douillette et accueillante, avec une carte suffisamment élargie et raffinée pour coller à toutes mes humeurs, à tous les moments de la journée, à toutes les occasions. Un bistrot de quartier capable de servir de refuge nocturne les soirs de retours de week-end avec grosse flemme et frigo vide, qui ferme suffisamment tard pour qu’on puisse se réchauffer autour d’un coulis de chocolat mouillé au lait après une soirée dehors, à la déco suffisamment atypique pour qu’on puisse, aussi, y aller pour le plaisir. Et un bistrotier sympa, qui peut réceptionner les colis et garder des clés. C’est pas LA MORT, non ?
Avec Rosalie, on a décidé qu’on allait partir en quête du bistrot de quartier. Toutes les semaines, y’aura du reporting. Vos avis et conseils sont donc les bienvenus, en sachant que, FYI, on crèche dans le IIIe côté République. J’accepte toutes les propositions de bistrots, troquets, bouges, cafés, comptoirs, estaminets, gargotes et mastroquets. Vous serez gentils de ne pas me convier dans les boui-bouis et autres buvettes de planches vertes.
Pour me mettre en condition, je vais écouter toute la discographie de Licence IV.
Photo FlickR (légende) — A Culinary Photo Journal







