Paris by night
Paris by night »

Les copains, aujourd’hui on va encore reparler boulot. Je sais, ça vire limite à la névrose obsessionnelle ce truc, mais je crois que c’est l’effet no holiday qui commence à me taper sur l’occiput. Enfin.
Dans la rue où je travaille, il y a un magasin très étrange. Une sorte d’échoppe 40′s, à l’époque où ils connaissaient pas les vitrines minimalistes genre Sonia Rykiel. Non, à l’époque ils peignaient directement ce qu’ils vendaient sur le mur. Comme ça c’était plus simple : si tu voulais diversifier ta marchandise, tu pouvais pas, ou alors fallait te coltiner l’effacement et le rafraîchissement du pinceau. Une boutique tout le temps fermée, spécialisée dans des alcools que presque plus personne ne boit, donc que plus personne n’achète. Ils sont tellement plus du tout up-to-date que le numéro de téléphone est encore à 8 chiffres.
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Ah au fait, tu te souviens qu’en plein cœur de l’hiver, je m’étais mis en tête de trouver un bistrot de quartier ? Je crois que le temps est venu de remonter les filets et de voir ce qu’on a pêché.
Cassons le suspense : de bistrot j’ai trouvé, de quartier point. Du haut de mes préjugés quasi cinématographiques, un bistrot de quartier, pour bibi, ça ressemble à peu près à un petit zinc avec une mosaïque de carrelage au sol et des chaises en bois brun à dossier en arc-de-cercle. Le genre de bouge dans lequel, à chaque fois que tu y vas, il fait nuit très noire et il y a des gouttes de pluie sur les carreaux. Y’a plus personne et des chaises sont déjà empilées. Mais toi, tu restes prendre un dernier verre, un genre de rhum arrangé au gingembre (?). Et au moment de rentrer, il y a le jingle Nescafé et Rosalie qui me demanderait : « T’as pensé aux croissants ? »
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Dimanche avec Rosalie, on a battu le pavé en bitume autour de la casbah. Y’avait les semelles de ses Repetto qui faisaient frot-frot et les semelles de mes nouvelles sneakers qui faisaient scrouitch-scrouitch (mais de celles-ci, on en recausera). Et comme il y avait du vent, mon trench faisait flap-flap pendant que le sac à main de Rosalie faisait cling-cling (oui, elle a un gros trousseau). On va bientôt ouvrir une page MySpace, je crois.
C’est-à-dire que y’a pas, le 3e arrondissement, c’est pas un sentier de randonnée non plus. De bords de Seine, il n’y a point. De grand parc non plus. Par contre, de la rue qui fait ressembler ton quartier à une grande carte Michelin, y’a. Va savoir la logique dans l’enchevêtrement des rues de Poitou, Saintonge, Normandie, Beauce, Béarn, Montmorency, Thorigny, Turenne, Bretagne… On s’y perd.
De toute façon, on peut pas vraiment dire qu’on s’est promenés. Je crois qu’on ressemblait plus à deux outres sur le point d’exploser et qui se traînaient au ralenti. C’est que, même si je pensais très fort au régime détox de la 400, j’ai pas vraiment eu de scrupules à aller bruncher sur les 15h. Les scrupules, ils viennent toujours après, je pense même que c’est eux qui t’appuient sur l’estomac pour te chanter le « Tiens, voilà du boudin » qui te donne la nausée.
Mais, tout de même, au hasard d’une rue, il y eut de l’art :

Le pauvre chien, stoppé dans son agile mouvement. Il commence même à avoir des décollements de racines (en ce moment, le sport favori de Rosalie est de débusquer les racines mal faites des filles qui passent à la télé, surtout dans Moundir, l’aventurier de l’amour. Laisse-moi te dire qu’au bout de 10 par jour, tu vois des racines partout…)
Ah, et sinon il y a de mauvaises langues qui colportent la rumeur selon laquelle j’aurais pris un an de plus dimanche. Je vais demander conseil à Adjani pour savoir comment réagir à cette infâme calomnie.







