How to seduce a lady CSP+ ?
How to seduce a lady CSP+ ? »

La dernière fois, on avait laissé l’affaire en plein milieu d’un baiser de cinéma rue du Four (alors qu’il faisait froid). Aujourd’hui si tu veux bien, on va enfin finir cette histoire de toyboy. D’autant plus que y’en a qui veulent du cul, ici.
Il y a beaucoup de mythes autour de la dolce vità du toyboy. En fait, cela ne diffère pas vraiment d’une relation avec une différence d’âge plus classique. On est vraiment, vraiment très loin du petit jardinier de Gabrielle Solis. Ne serait-ce que parce que la CSP+ est célibataire : cette amourette, même déjà vouée à l’échec par avance, ne sera pas vécue comme un moment de récréation pour fuir Carlos et sa jalousie. C’est le côté un peu surréaliste de la chose : on s’investit dans de l’éphémère, un peu comme un pilote d’avion avec les deux moteurs en feu qui chercherait le meilleur angle pour faire le plus de morts possible, tant qu’à faire.
Social. Le toyboy, inexistant pour le banquier ? Sauf à sortir avec un mineur ou un tout juste étudiant, rien ne justifie pour la CSP+ d’entretenir son jeune amant. Quand j’étais avec Sophia, je n’étais ni l’un, ni l’autre, plutôt entre l’étudiant fauché et le jeune actif , et de toute façon, je n’avais pas le tempérament à me faire entretenir. Restaurants, cinés, cafés, on a (presque) tout partagé avec Sophia. Du moins, comme elle n’était pas du genre à prouver son indépendance en exigeant le moit-moit, j’ai plus souvent eu plaisir à l’inviter. Ouais, je l’entretenais quasi.
Gestion des agendas. Les horloges biologiques désynchronisées entre une trentenaire célibataire qui pense mari et enfants, et un jeune homme sans recherche sentimentale précise, je savais. En revanche, les horloges naturelles, celles qui comptabilisent les heures de sommeil, qui prévoient les matins stressants à devoir lutter contre un poids mort dans son lit qu’on ne peut pas laisser chez soi ni mettre dehors trop brutalement, et qui font presque prendre rendez-vous pour passer du temps ensemble, je ne connaissais pas. Avec Sophia, c’était l’éminent problème. Curieusement, de nombreuses fois il a fallu que je la raccompagne chez elle en fin de soirée sans pouvoir y dormir car, comme elle le disait, elle avait « école » le lendemain. C’est assez bizarre de se dire que question extinction des feux, tu es beaucoup plus intransigeant que lorsque tu es plus jeune.
Sexe. Quel homme n’a jamais secrètement fantasmé sur des femmes âgées de dix années ou plus ? Alors pour sûr, il y a le mythe de la femme mûre, donc expérimentée, qui connaît son corps, donc créative, qui est plus âgée, donc qui prend l’initiative. Sauf que ça n’existe pas vraiment. Il y a des conventions sexo-sociales qui font que l’homme est toujours chargé d’assurer le service au début. Pour roder la confiance, on repassera. C’est que ça intimide toujours un peu de se retrouver en face d’une trentenaire qu’on imagine hyper épanouie. Au final, comme dans toutes les relations, il y a un temps de rodage au pieu, et si la relation ne dépasse pas ce temps, on reste sur sa faim.
Ouh là, faut pas vous inquiéter du billet en mode amertume, c’est juste pas la grande forme aujourd’hui ! Avec le recul, cette histoire laisse de très bons souvenirs, naturellement. Ah et puis, faudra aussi que je vous entretienne de comment rompre avec une CSP+. Sophia et moi, on s’est quittés il y a quelques années, quelques jours avant Noël (genre vraiment quelques) (genre l’avant-veille, quoi).
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#4 — Comment j’ai été un toyboy
#3 — Fenêtre sur cour ouverte sur le cœur
#2 — Eviter les canards
#1 — Savoir quand c’est plié
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Toc toc,
Vous vous souvenez de Sophia, la trentenaire CSP+ ? La dernière fois, je vous avais laissé au beau milieu d’un abyme d’incertitudes. Quoi ? Toute cette approche subtile pour pas une galoche ? On se serait cru dans une mauvaise série française, que tu t’écriais devant ton écran. Oui mais, comme le disait la Blonde, faut pas mettre tous ses œufs dans le même coquetier (à peu près) : sur le terrain de bataille, y’a ouvrir une brèche et gagner la bataille, et un échange salivaire aurait été prématuré.
Tant que j’en suis aux cassdédi, je fais un big up blogo à Ginie qui s’interrogeait sur le fait de savoir si la Sophia était du genre équin. Vu la photo d’introduction, y’a de la coïncidence fortuite.
Donc, je te passe les détails du retour. Tu as juste l’impression d’être un officier se retirant dans sa tente pour préparer la prochaine bataille, avec un curieux mélange de sentiment du devoir accompli et de frustration de ne pas avoir pu en découdre plus longtemps. Mais il ne faut pas confondre vitesse Arnhem (ah oui, j’avais oublié la cassdédi pour Osmachin) et précipitation.
Quand tu reviens de ton premier rendez-vous, tu dois te coltiner le débrief réglementaire. Je n’ai jamais vraiment compris cette tradition d’échange d’amabilités : je veux dire, on se voit, on se dit au revoir et merci, pourquoi se redire merci une journée plus tard ? Et au final, c’est complètement vachard cette étape obligée : seul devant ton iPhone, tu es vite tenté de commander un bombardement massif de textos B52 sur les positions ennemies. Mal t’en prendra, car si tu te montres affamé, l’adversaire fuira le combat.
Quelques jours après, j’ai donc proposé un nouveau rendez-vous à Sophia. Erreur de jeunesse, sans doute, car je lui propose d’aller d’abord au cinéma avant d’aller dîner. Très casse-gueule, le cinéma. On ne fait rien de plus banal, donc potentiellement de plus ennuyeux. Mais après tout, je me dis que toute la difficulté réside dans la capacité à sublimer ce qui est commun.

Rendez-vous pris donc vendredi. Sophia ne sait rien hormis le fait que nous allons au cinéma : ni où, ni quoi. Pour le coup, ce sera rive gauche. Et alors qu’elle se concentre pour se souvenir de la programmation du MK2 et du Gaumont, nous arrivons devant une petite salle de quartier, quasi miteuse, où l’on passe un vieil Hitchcock : surprise assurée. Dans la salle, des fauteuils rapiécés, une issue de secours qui clignote. Nous sommes presque seuls : un couple au fond, là-bas, des touristes étrangers derrière nous, et deux-trois cinéphiles de la première heure venus là avaler pour la vingtième fois Fenêtre sur Cour.
Le film dure 1h52. Nous nous tenons la main pendant 1h32. Je ne sais toujours pas pourquoi, depuis.
La pluie de novembre et le froid qui mord les mollets nous accueillent en sortant. Pourtant, avec Sophia je décide de continuer à déambuler rive gauche. Sur le boulevard Saint-Michel, on discute de notre avenir professionnel. A Odéon, on se complimente. Au feu rouge rue Saint-Jacques, je me fais subtilement embrasser dans le cou, puis plus rien. Affamés et assoiffés après une heure, nos pieds nous ont portés devant le Twickenham, un bouge anglais qui recrache ses derniers clients. De justesse, ce sera vin rouge et fromage pour égayer une discussion profonde sur la vie sentimentale des CSP+ trentenaires.
Je ne vous le cache pas plus longtemps : premier baiser boulevard Saint-Germain, à la sortie. Premier vrai baiser rue du Four : un baiser de cinéma ? Il n’y aura rien d’autre ce soir.
La prochaine fois, les copains, ce sera l’épisode final : comment j’ai été un toyboy !
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#2 — Eviter les canards
#1 — Savoir quand c’est plié
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Y’a quelques jours, on parlait de la première rencontre avec Sophia, la CSP+ trentenaire qui filait à l’anglaise. Mais on avait réussi à imposer un déjeuner (ou dîner, je vois que certains s’intéressent aux menus détails). Alors aujourd’hui on va parler du déjeuner/dîner. C’est en-dessous. Au prochain paragraphe, quoi. Bisous.
Eviter les canards
Encore faut-il ne pas se planter. Avoir reçu l’autorisation de courtiser n’augure pas du succès. Quand on lit FHM, on appelle ça « ferrer le poisson ». Quand a d’autres références, on appelle ça « réciter la partition ».
Sophia cumulait des contraintes sérieuses : raffinée, cultivée et déjà rodée. Autant dire qu’à moins de sublimer ce qui allait arriver, ce n’était pas la peine de se déplacer. Rendez-vous pris sur mon initiative à La Rotonde, pour l’alchimie des ambiances. Un café chargé de matière émotionnelle, sujet à de nombreuses discussions hors des sentiers battus. Une atmosphère d’irrévérence un peu jazzy. Une invitation espiègle à jouer les Sartre & Beauvoir en legging et caban. Au final, quelque chose d’évidemment préparé, mais dont l’élégance surpasse le cliché.
Ce qui ne devait être qu’un thé Jasmin est devenu un long drink en mode essoreuse. Quatre heures de palabres ininterrompus, de cataclysmes de fonds de verres : mais-qui-es-tu-en-fait, à-quoi-ressemble-ta-vie, qu’est-ce-qui-nous-rassemble ? On se tourne autour, sans jamais chercher à s’atteindre ; on se circonvolutionne (on danse le flamenco, quoi). Et je me suis retrouvé à parler à Sophia comme jamais je n’avais parlé auparavant. Aujourd’hui, ma mémoire est un peu embrumée, mais sous le flot des discussions croisées et jamais achevées, ça devait donner quelque chose comme ça :
« Que sont devenus tes rêves ? / J’aime pas Lacan »
« Si ça se trouve, Hemingway a posé ses fesses ici / Les cheveux sont le plus bel atout d’une femme, non ? »
« Et si tu devais servir l’Humanité, tu ferais quoi ? / Je préfère Gandhi à Neil Armstrong »

Ni les paroles, ni les consos ne furent ordonnées : pêle-mêle, du thé, puis un Gamay, un Perrier et un Chardonnay, mais qu’importe le flacon, pourvu… Vingt heures. L’heure du dîner. « As-tu des obligations ? Alors profitons-en ». Et nous quittons La Rotonde et Vavin ; nous quittons Man Ray et les Roaring Twenties, pour quelque chose de plus intime et de plus dépouillé.
C’est là que nous avons abandonné les artifices un peu plastronnant de la séduction pour faire place à plus de sincérité. Devant un chutney (hé, on était encore so 200X, hein) mangues/poireaux et du poisson grillé, on s’est beaucoup livrés l’un sur l’autre. Au fil du dîner, je crois qu’on a refait le monde et qu’on a suffisamment bavé pour gagner chacun deux Prix Nobel. Curieusement, je crois qu’a posteriori rien ne séduit plus une CSP+ que l’anti-séduction. Parler de choses aussi peu aguichantes que la mort ou la foi, ou disserter sur les vieux démons de la séduction nous a donné une bouffée d’oxygène.
« J’ai été agréablement surprise par cette soirée », qu’elle a sorti Sophia.
On était au mois de novembre. Dehors, il faisait froid (je crois que je suis en train de faire du Marc Lévy). On a marché jusqu’au métro côte à côte, les mains dans les poches, comme en sortant d’un déjeuner d’affaires. A la bouche de métro, on s’est regardés, et l’on s’est fait la bise.
Ah ça surprend, oui. Mais tu comprendras pourquoi la prochaine fois !
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