Visite médicale

Ce matin, j’avais visite médicale. Le pied.

En gros, si j’ai bien compris, la médecine du travail cherche à savoir si tu es apte à travailler et si ton environnement de travail n’a pas d’influences négatives sur ta santé physique (et limite psychique). Par apte à travailler, je me demande bien ce qu’il faut comprendre, d’ailleurs. Parce que par exemple, entre 10h et 11h, moi je suis réformé P4 du travail.

D’ailleurs, le médecin du travail, il est fichtrement étrange. Il te fait toujours passer par une porte… qui se révèle être un sas. Vu que j’étais dans le coin de la rue Chauchat, j’ai cru un instant que je m’étais gouré et que j’étais dans une banque. Même pas un miroir pour se regarder et pour rajuster le tee. En même temps, tu te rappelles bien vite que t’es là pour te désaper. Mais attention, subtilité ! Ne pas se retrouver sans chemise, sans pantalon, sinon la madame de l’autre côté de la porte roule des grands yeux interloqués quand tu te retrouves à oilpé prêt à t’allonger sur le divan en cuir sopaliné. C’est ça la nouvelle médecine : faut juste enlever les grolles. Quel rapport à la médecine ? Aucun, c’est juste que c’est soûlant de nettoyer le lino après une journée de boulot.

Le passage traditionnel du remplissage de la feuille de salarié (je te rappelle que j’ai changé de boulot, donc c’est la première visite), c’est presque un interrogatoire de la Gestapo. Et t’attends pas à ce que le toubib joue les scribes. Elle, elle pouvait pas s’empêcher de faire des remarques. « Et vous mesurez combien ? Oh là, c’est grand ça (t’as pas vu mon altitude en arrivant, connasse ?) ». « Et vous faites du sport ? Ah oui mais vous savez, si vous courez, faut courir au moins 30 minutes, sinon ça compte pas » (t’as raison, le jour où je voudrai courir que 20 minutes, je courrai sur place pour pas me faire chier à revenir de là jusqu’où j’aurai couru). « Vous fumez antécédents familiaux situation maritale rien à signaler comme soucis de santé et vous occupez quel poste quel type de contrat vous avez quels diplômes ? ». « Ah, c’est bien, ce diplôme ! » (ben oui, c’est pas un BTS, cruchasse).

Et c’est là où tu te pèses habillé. Habillé ? Je te raconte pas le cafard que ça m’a collé toute la journée d’avoir pris 2 kilos rien qu’en vêtements. Résultat, je me suis fait gronder parce que j’avais de la sous-tension (2 kilos, SALOPE, ça suffit pas comme explication ?).

Le médecin du travail, son boulot il doit pas être drôle. Il a pas le droit de prescrire des médocs aux noms imprononçables, il a juste le droit de dire que si t’as les coudes râpés, ben ton employeur va devoir te payer des protège-coudes. Du coup, il se sent obligé de te questionner des fois que t’aurais des vices cachés. C’est son challenge. Par exemple, quand le médecin du travail te demande si ça va, il attend que tu lui racontes par le menu ta dépression nerveuse pour harcèlement. Forcément, c’est vraiment à lui que j’irais lui raconter mes malheurs, tu penses.

Et à chaque fois qu’il te pose une question, il te propose de jouer à un jeu rigolo (qui n’amuse que lui). Genre moi qui bosse sur ordinateur toute la journée, j’ai eu droit au test des yeux.

— « Est-ce que vous voyez le paysage, là ? »
— « Vous voulez dire la montagne immonde avec des trous de neige qu’on retrouve dans les croûtes miteuses des hôtels deux étoiles ? », que je lui ai rétorqué.
— « Vous voyez quoi comme lettres ? »
— « K… R… O… »
— « Et les chiffres ? »
— « 1… 6… 6… 4… »

C’est là où elle m’a proposé une analyse d’urines. Je ne vois PAS le rapport, vraiment. Je te l’ai rembarrée direct, Dr Quinn, ça a pas fait un pli.

Au final, Dr Quinn m’a dit au revoir sans même regarder, trop déçue de pas avoir réussi à me diagnostiquer un cancer de la plèvre. Je crois qu’elle a pas bien compris que c’était son prochain rendez-vous qui bossait sur des chantiers. Et franchement, quand t’as pas de maladies drôles, aller chez le médecin du travail, c’est une sacrée perte de temps.

Heureusement que j’étais payé pendant ce temps-là, tiens.

Photo FlickRa.drian

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8 commentaires

  • 1
    19 août 2010 - 2 h 49 min | Permalink

    ça me rappelle que j’me suis fait avoir une fois : l’entretien commence, et ensuite … le médecin arrive ! la femme en blouse blanche posait les questions « banales » (situation de famille, tout ça). C’est plutot limite comme comportement, surtout dans une profession tenue par le secre t professionnel.

    Enfin, si la médecine du travail servait à quelque chose, ça se saurait.

    j’aime beaucoup le « ben oui, c’est pas un BTS, cruchasse ».

  • 2
    19 août 2010 - 8 h 48 min | Permalink

    elle t’a pas suggéré de te raser un peu pour éviter les mycoses des joues? zut…

  • 3
    19 août 2010 - 9 h 37 min | Permalink

    @limp13 : J’ai eu peur qu’elle me demande ce que je lisais en vacances !

    @400 (c’est de plus en plus court tes pseudos toi) : Les poils, ça protège la peau au contraire :)

  • 4
    19 août 2010 - 11 h 12 min | Permalink

    Ah ah, la pesée. Moi c’était toute habillée et juste après le déjeuner. Je te raconte pas le cafard aussi.

  • 5
    19 août 2010 - 16 h 50 min | Permalink

    Ptain, bizarre ta médecine du travail… moi j’ai fini à poil (enfin soutif chaussettes string), et j’ai pissé dans un bocal. Desfois que le travail dans la comm ça fasse naitre des infections urinaires. Pour les yeux bah j’avais perdu 3 dixième à chaque oeil rapport au moment où j’ai fait faire mes lunettes.
    Enfin ils m’ont recommandé un écran plus grand (un 16′ portable, pas assez bien, dommage que ce soit plus pratique d’un PC fixe), que j’ai fini par avoir… 9 mois plus tard (cad hier).
    Ca sert ;)

  • 6
    19 août 2010 - 21 h 45 min | Permalink

    Nous (mais ça doit être parce qu’on est catalogués malades mentaux bizarroïdes) on a en plus le droit à un audiogramme (et pas toi, euh, nananèreuh) histoire de constater les lésions irréversibles et inéviatbles que provoque l’exposition permanente à des décibels incongrus. Et puis donc (j’en reviens aux mabouls) à cette grande question :
    « Bien, et sinon… comment allez-vous ? »

  • 7
    20 août 2010 - 1 h 06 min | Permalink

    @PBMV : Ah non, moi c’était à 10h, j’ai eu du bol.

    @Nekkonezumi : Si je lui avais dit que je regardais des vidéos YouTube, ptet qu’elle m’aurait collé le test auditif !

    @LaNe : J’ai eu droit à rien moi, sauf à deux heures de RTT :(

  • 8
    20 août 2010 - 9 h 20 min | Permalink

    En fait, au delà de l’aptitude au poste et de la santé au travail, la médecine du travail à un vrai rôle de prévention et de santé publique. Alors forcément, vu du point de vue du « patient » qui ne s’estime pas « malade » et ne comprend pas pourquoi il voit un médecin alors qu’il veut juste travailler, tout ça paraît assez surprenant.
    D’un point de vue un peu plus sociétal, c’est un des rares moments de la vie d’un non-malade ou il doit, content ou pas, voir un médecin. On a d’ailleurs crée la médecine scolaire sur le même concept : prévention ET santé publique.
    Donc l’idée c’est surtout de dire à un moment donné, « plein de gens ne voient jamais de médecin, et on passe à côté du diagnostic de maladies fréquentes et dont la prise en charge tardive à des impacts sur la santé publique », par exemple les problèmes de vue, d’audition, les risques cardio-vasculaires, l’obésité, l’hypertension et le diabète. Tout ce qui fait que tu vas pas claquer, mais que si on te recadre pas rapidement, tu vas couter une blinde à la société pendant un paquet d’années…
    Donc oui, on prend la tension, on te pèse, on essaie de voir si tu fumes, si tu fais du sport, si on découvre trois croix de sucres dans ta bandelette urinaire (parce que quand t’es diabétique non traité, tu pisses un peu du miel), etc. Mais on est pas là pour te prescrire la pilule, ton antidépresseur que tu prends parce que la vie c’est dur, ou tes trucs pour la trousse de voyage que tu veux faire pour ton prochain treck au Perou.
    C’est vrai que dans la médecine, la médecine du travail ça paraît toujours un peu à part. Mais c’est une vraie avancée en terme de santé publique, et tous les pays du monde n’offrent pas cette obligation de santé publique à ses salariés. Ca permet de dépister une quantité non négligeable de maladies :)

    Voilà :)

    Brice (qui travaille aux urgences, donc pas du tout en médecine du travail ^^)

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