Blogueuse

blogueuse pièce de théâtre

Hé les glands,

Je me suis rappelé la semaine dernière que j’avais fait un bac L et que je m’étais mangé pendant 2 ans de la littérature franchouille à la petite cuillère. Du Montesquieu, du Diderot, du Voltaire… ça doit être de ce dernier que vient mon intérêt prononcé pour Zadig & Voltaire. Mais les apologues, moi j’ai jamais trop kiffé, car je les confondais toujours avec ceux qui t’examinent les ongles de pied voir si t’as pas des mycoses pédestres. Par contre le théâtre, j’ai sacrément adhéré. Si un jour tu es sage, je te conterais peut-être les rapports entre le théâtre et moi. Tu verras, y’a de quoi se marrer.

Bref, en me souvenant que j’avais eu 13 coeff 7 en philo (je te donne pas mes notes de français coeff 9, c’est indécent, et j’ai peur de perdre mon public de BTS), je me suis rappelé que je n’allais plus jamais au théâtre. D’ailleurs, c’est bien simple : dans l’une des villes les plus cultureuses du monde, je n’en profite jamais. Oubli, négligence, nonchalance, burnout, je ne sais pas. Donc j’ai décidé d’aller au théâtre (ça s’arrange toujours pas mon problème d’introduction à rallonge, je crois que mes travers du bachot ressurgissent).

Hier soir séance tenante, j’ai dévalé la rue Germain Pilon. Quelqu’un a déjà pensé qu’en cas de neige, ça serait juste trop chanmé de faire de la luge ? Bref, si t’en fais, oublie pas de tourner à droite rue Véron, sinon tu débaroules jusqu’à Pigalle en passant par chez Marlusse et tu rates la Manufacture des Abbesses. Hier donc, j’étais à la Manu des Abbesses pour voir une pièce che se chiama « Blogueuse ».

L’histoire ? Paola se fait larguer. Elle pleure. Beaucoup. Mais comme c’est une fille dans le vent qui vit avec son temps, elle décide de coucher sa dépression sur l’Internet mondial. Entre la déprime post-rupture et les tentatives désespérées pour retrouver un mec, elle raconte sa vie de Parisienne branchée avec humour et décalage. Et le blog, de petite boîte à secret perdu dans l’océan du web, attire de plus en plus de lecteurs. Vis ma vie d’influente…

La vérité, j’ai à moitié aimé.

Commençons par les réjouissances. La pièce est enjouée et fraîche. Pour un détenteur d’une paire de chromosomes XY, cette über influence Bridget Jones 2.0 laisse un peu froid, mais quand on est prévenu dès le début, on s’en accommode très vite (bon, sauf les 20 premières minutes, j’en conviens). De bout en bout, on retrouve des instants et des situations qui nous parlent, en tant que blogueurs : le premier commentaire des amis à qui tu as spammé l’adresse, le premier VRAI commentaire, les requêtes Google sorties d’un esprit malsain, le tout-à-l’égo qui nous transforme en comptable freaky de nos stats quotidiennes, puis l’emballement médiatique et l’impression de ne plus toucher terre dès qu’un obscur média de quartier s’intéresse à nous. Anatomie d’une melonite, assurément.

La pièce est construite comme une succession de billets de blogs, interprétés par trois comédiennes qui s’échangent tour à tour le rôle de Paola et des personnages secondaires. La mise en scène est minimaliste et pêchue, et fait bien ressortir toutes les saillies humoristiques des deux auteures de la pièce (dont une blogueuse). Une mention spéciale pour la scène du shooting avec le photographe, tellement vraie…

Et pourtant, je suis resté sur ma faim. A cause du texte, principalement. Non pas à cause des quelques clichetons sur les blogueuses ou sur Paola, CSP+ en puissance qui pratique le krav maga (mais j’ai déjà tout expliqué ici), mais à cause des sur-références cultureuses. Le name-dropping Platon-Sénèque, le catalogue de périphrases et autres artifices de style m’ont gonflé et ont quelque peu nui à la fluidité de la pièce et à l’hilarité générale. Mais je suis assez difficile en matière de texte.

Surtout, la pièce m’a laissé un goût d’inachevé. Quelques piques sur les blogueuses, mais rien de très transcendant. Rien sur le rapport entre les blogueuses et les marques, rien sur les cadeaux, rien sur les ragots et le microcosme un peu fermenté de la blogoboule parisianiste. C’était sans doute aller un peu trop loin pour le grand public, mais au final, cette concession sur le cynisme a manqué de faire basculer la pièce dans une satyre bien de son temps.

Les comédiennes sont pimpantes et fraîches, arrivent souvent à un jeu d’un naturel déconcertant, mais les scènes sont inégales et il arrive que la diction trop parfaite (renforcée par le texte pas toujours très vie quotidienne) rende le jeu artificiel. Par contre, pour le seul garçon de la pièce (no spoil), c’est malheureusement très raté. Un jeu à la Monsieur Loyal au moment où les blogueuses se font dégonfler le melon, ça m’a très déçu.

Du coup, moi qui croyais que maintenant les blogs n’avaient plus de secret pour personne….

Si tu veux y aller, c’est du mercredi au dimanche à 19h, et c’est pas cher si tu prononces le mot magique « Churros ». Je te déconseille de dire « chou rouge », ça ne marchera pas.

Blogueuse, de Titiou Lecoq et Francesca Serra, mise en scène de Camille Kiejman
Manufacture des Abbesses – 7, rue Véron, Paris 18
24€, tarif réduit 13€

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9 commentaires

  • 1
    2 août 2010 - 9 h 30 min | Permalink

    Perso j’ai déjà fait de la luge rue Germain Pilon. Mais c’est normal, ma mémé habite cette rue

  • 2
    2 août 2010 - 9 h 46 min | Permalink

    Je crois que tu souffres de masochisme littérairo-culturel : qu’allais-tu faire dans cette galère ?
    Est-ce que 13 coeff 7 ça rapporte mieux que 18,5 coeff 6 ? (oui, moi j’avais cafouillé ma philo mais optimisé ma musique, frime frime)

  • 3
    2 août 2010 - 10 h 21 min | Permalink

    @Anna : C’est pas des blagues ?

    @Nekkonezumi : Nan, ça rapporte moins. Mais la philo ça fait moins mal à la tête, non ?

  • 4
    2 août 2010 - 10 h 34 min | Permalink

    Non, non, c’est la vérité vraie

  • 5
    2 août 2010 - 15 h 22 min | Permalink

    vu l’introduction (voltaire, bac A euh L i mean,etc, j’étais en haleine) j’ai cru que tu allais nous parler avignon ou crime et châtiment.
    Ah.
    Bon c’est pas grave.

  • 6
    3 août 2010 - 0 h 22 min | Permalink

    @Anna : Mais dans les années 40 on en faisait non ?

    @La 400 : Quand un toxico se remet à la coke, il s’enfile pas des montagnes de poudreuse d’un coup, hein. Tiens, luge, neige, poudreuse, je pourrais écrire des textes, je crois.

  • 7
    3 août 2010 - 10 h 36 min | Permalink

    Bah je sais pas, ils n’étaient pas encore en France à cette époque, mais dans les années 60 oui. Donc j’imagine que oui pour les années 40 du coup

  • 8
    27 octobre 2010 - 17 h 27 min | Permalink

    Totalement d’acc’ sur le fait que les dialogues ne sont pas du tout vie quotidienne ! mais c’est assez agréable à écouter.

    ci-dessous ma note sur le sujet : http://mysenseoftaste.wordpress.com/2010/10/27/blogueuse-une-piece-plaisante-toute-en-legerete/

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