Sociologie du Club Med Gym

Les gras,
La semaine dernière, j’ai traîné mes guêtres au Club Med Gym avec l’idée d’aller observer ceux qui vont se muscler le cul ou perdre les huit baklavas ingurgités la veille. Ça tombait bien, parce que j’avais juste bâfré du homemade burger devant un indigent France-Uruguay. Je me suis mis en tête de faire de l’observation participante, un peu à la manière de Diane Fossey. Moi, tout seul au milieu d’une faune en sueur, à ramer, pédaler, et développer-coucher pour ne pas attirer les soupçons. Pour le terrain d’investigation, le Club Med Gym République : fort trafic, proximité avec des arrondissements dont les habitants peuvent aligner les ronds et s’y rendent régulièrement. Horaire : samedi matin 11h, après le croissant règlementaire.
La première interrogation commune de l’utilisateur du Club Med Gym, c’est l’accoutrement. Y’a qu’à voir comment j’ai mis 30 minutes à trouver une tenue passe-partout et dans le dress code du lieu. Pour la jouer décontract’ et concerné, j’enfile un t-shirt Facebook bleu marine : le tee griffé aurait produit l’effet contraire, tu comprends ? A manches courtes, le tee, je précise : ça a son importance pour la suite. J’ai aussi hésité entre vous pondre un reportage et de la sociologie à deux balles. Mais il paraît qu’au Club Med Gym, tu peux pas embarquer ton Réflex pour tirer le portrait des gens les quadriceps contractés et la serviette éponge jetée en écharpe comme Alain Delon. Un vrai safari, cette affaire…
Attifé comme un joggeur, j’ai zappé le vestiaire étant donné l’indifférence générale qui règne dans ce lieu dévirilisé au possible. Pour mieux te restituer la faune locale, je me suis installé dans la salle d’échauffement, le lieu de passage obligé. Une sorte de fleuve dans lequel viennent s’abreuver toutes les espèces avant de retourner à leurs verts pâturages. C’est toujours là que le chasseur colle le nez dans le viseur, à la recherche du spécimen.
L’acharné. A voir les litres d’eau qu’il transpire, l’acharné doit posséder quelques hectares dans le Lubéron et prévoit la sécheresse estivale. Pourtant, ce n’est pas faute de s’habiller en conséquence pour minimiser le stockage de la chaleur : t-shirt filet ample à larges manches pour éviter les frottements, cycliste qui arrive au-dessus du genou pour évacuer la transpiration au maximum et micro-chaussettes dans les runnings. Alors que tu démarres tes 30 bornes de vélo à 11h, l’acharné a déjà eu le temps de faire 15 minutes de fitness, 5 miles (l’acharné compte en miles) sur le runner, et attaque sa demi-heure réglementaire sur la machine de torture qui te fait marcher au pas de l’oie pour travailler les cuisses. Le tout avec du Nadiyâ dans les oreilles.
L’habitué. D’un pas assuré sans être frimeur, l’habitué a déjà appris par cœur son plan de séance. Échauffement vélo-step et session squat-quadri-papillon-pullover-biceps. Non, la session squat n’est pas un groupe de rap : d’ailleurs, dans ses oreilles, il a plutôt de la musique punchy. Grosse tendance Phoenix chez le specimen, apparemment. Contrairement au narcissique, l’habitué ne cherche pas à se faire calculer : au vélo, il est, au sens propre comme au figuré, la tête dans le guidon, ou plutôt dans le 20 Minutes. C’est sans doute la raison pour laquelle il se trimbale en débardeur dégueulasse bien qu’ajusté : le confort et l’efficacité avant tout.
Le narcissique. Entre deux expirations, le narcissique regrette qu’il n’y ait pas de miroirs pour s’observer. A défaut, il tourne la tête subrepticement (qu’il croit) à chaque fois qu’il pousse sur le step. Pour mieux donner l’impulsion, qu’il veut se convaincre. Pour attraper un regard admiratif, plutôt. Le narcissique semble attendre les vivats de la foule en délire au bout du cinquième kilomètre de niveau 15 au vélo. Sur le rameur, le narcissique se prend à rêver qu’il aurait pu tourner dans une pub pour Hermès à faire rouler les muscles de ses épaules au rythme du rameur. Manque de bol, à force de s’essuyer le front sur son t-shirt moulant toutes les 30 secondes, il n’a pas vraiment le cheveu aérien et aéré. Niveau glamour, ça ressemble plus à une pub pour le 118 218.
La femme. J’ai vu une dizaine de femmes l’autre jour au Club Med Gym. Pour un profil identique : la late-thirties lady, coloration capillaire, le corps sculpté dans le combo fuseau-débardeur noir. Des fois qu’une gonze passerait dans le coin, la late-thirties lady voudrait bien lui signifier pour sa culture personnelle que y’a pas de cellulite au niveau des cuisses et du ventre : merci les séminaires semestriels trekking & golf à Avoriaz payés par Young & Rubicam, hein… Vélo bloqué en mode « élimination des graisses », puis tapis de sol direction le cours de body pump et de body sculpt. T’as compris, bitch ?
La prochaine fois, si t’es sage, on essaiera d’aller faire du tennis au Paris Racing.





9 commentaires
ah ben pourtant normalement y’a aussi de le 25-29 en paquet de douze qui vient tenter de faire fondre son gros cul et choper l’homme de sa laïfe.
(mais elle doit cuver, le samedi matin, ses 5 mojitos de la veille)
de LA (pas de le)
Le CMG de Répu, c’est le pire de la capitale, non ?!
J’ai la it-tenue et le gras qui va avec touyoutoutou
Commencer par club med gym de république, c’est rude comme entrée en matière…
Tu as oublié le dragueur qui vient uniquement pour aborder des filles et le mateur, uniquement là pour observer tout à loisir les fesses des filles (des fois, ils viennent à plusieurs et échangent leur point du vue voire critiquent)
(et puis le feignant, aussi,qui vient là officiellement pour faire du sport mais fait une pause de vingt minutes entre chaque mouvement et change cent fois de machine pour meubler son heure de sport)
Effectivement, Répu n’est pas révélateur de tous les CMG de Paris !
suis pas d’accord ; on ne va pas au sport que pour se faire « mousser », mater par les autres ; on y va pour soi ; vous êtes des blaireaux!!!