Sociologie du dance floor

sociologie boîte de nuit

Tout bien considéré, y’a peu d’endroits où tu peux te livrer à une vraie et savante sociologie de comptoir. La boîte de nuit, c’est l’endroit rêvé. D’abord, parce qu’il y en a un, de comptoir. Ensuite, parce que des masses informes de jeunes pseudo-branchés, engoncés dans 50m² qui se trémoussent et tentent de nouer des relations sociales, parfois amoureuses à leur péril, c’est désespérément priceless. Soyons honnêtes : les boîtes, c’est so 2005, et surtout so 22K€ annuels. Mais quand tu t’y rends pour les beaux yeux de la sociologie, on y aperçoit des profils intéressants.

L’angoissé. Uniquement visible aux abords de la boîte. L’angoissé, c’est celui qui n’y va jamais, croit à toutes les légendes urbaines selon lesquelles les videurs auraient suivi une formation stylistique by KL himself. Du coup, il vient overdressed, chemise fine, cravate et souliers vernis. Malgré tout, ça ne l’empêchera de faire trois litres d’huile en passant devant le physio. Au supermarché, l’angoissé a toujours peur que les portiques sonnent, même s’il ne vole rien.

Le presque proprio. Reconnaissable entre mille, le presque proprio a toute une collection de clips de gangsta rap dans son ordinateur. Faut l’excuser, il fait de la reproduction inconsciente. Passées les portes, il est comme chez lui : bras levés, checks à tous les homeboys de la place, en mode Tony Montana, « Whoooooo » beuglés. Ce soir ça va être festival, on se met la tête à l’envers. Alors qu’est-ce qu’on attend ?

Le milliardaire smicard. Du genre à vous faire croire que Smirnoff, Eristoff et Jack Daniel sont des copains milliardaires à lui. Malgré son salaire de commercial à la COFRATECH, une boîte de production de fournitures de bureau, il n’hésitera pas à payer des coups à tout le monde, surtout aux filles. Le milliardaire smicard est un fonds d’investissement désespéré en relations sociales. Manque de pot, si l’on attrapait les filles avec du Martini, ça se saurait.

Le faux polyglotte. Se rencontre surtout le jeudi, lors des soirées Erasmus. Le faux polyglotte a compris que l’étranger et l’étrangère en France avaient une longueur d’avance lors des processus de séduction. Ni une, ni deux, il se dit qu’il n’est pas plus bête qu’un autre, et qu’il pourrait aisément importer le concept. Tiens, voilà deux jolies Françaises. Pour elles, il sera Miguel, un étudiant en commerce barcelonais. Oui, mais de Barcelone-sur-Marne, 94.

Le gigoteur. Le gigoteur vient danser. Approximativement certes, mais c’est de sentir la vibe qui compte, dit-il pour se rassurer. Toujours au milieu de la piste, le gigoteur a décidé de réinventer la danse. David Guetta, les Ting Tings ou Pony Pony Run Run : il dansera tout de la même façon. A base de tounicoti-tournicota et de déhanchés surjoués. Les derniers à exécuter cette sarabande solitaire (le gigoteur ne regarde personne d’autres que ses pieds), ce sont les derviches tourneurs. Mais eux ont une excuse : ils sont sous opium.

Le dragueur. C’est celui que vous avez l’impression d’avoir déjà vu. Méfiance. Parmi la faune clubbesque, c’est l’espèce qui mute le plus et qui est la plus subdivisée. Son comportement est par nature idiosyncratique : en fonction de l’influence des agens extérieurs, il va le modifier. Tour à tour, il pourra faire une partie de frotti-frotta sur des musiques exotiques, vous débiter ses répliques bonjour-mademoiselle, ou jouer les pseudo-branchés pour vous impressionner : « Ah mais en fait, un blog c’est comme un journal intime mais public, c’est ça ? » Faites gaffe à pas tourner les talons, il se transformerait par malheur en suiveur, mutation génétique autrement plus préoccupante.

Le mec bourré. Sous-espèce consubstantielle de la population clubbesque, le mec bourré se sous-divise en plusieurs classes. Chez les hommes, il oscille entre Simplet (qui passera le reste de sa soirée à faire tomber son verre et à vomir dans ton casque Les Ateliers Ruby), Joyeux (qui affectionne de te parler en te mettant la main sur l’épaule ou en t’enfonçant le doigt entre les côtes), Grincheux (qui subitement a une dent contre le palmier de l’entrée), et Dormeur. Et Blanche-Neige, dans tout ça ? Si elle ne termine pas dans les toilettes à renifler un rail, elle pleurnichera comme Cendrillon ou mettra le feu au caleçon du dragueur comme Jasmine.

Le premier qui se retrouve sur Tillate a perdu !

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6 commentaires

  • 1
    17 mars 2010 - 16 h 15 min | Permalink

    un jour, ou plutôt un soir tard, en terminale (donc il y a très longtemps, du temps où on passait encore des bacs A, B, C et D), je me suis fait eue par un faux polyglotte. Je pensais que c’était un cas isolé mais visiblement pas. A ma décharge, j’étais bourrée. Heureusement mes copains m’ont arrachée de la banquette à temps.

  • 2
    Oreste
    17 mars 2010 - 16 h 32 min | Permalink

    Je pulsoies; il manque le Guido…la fashion victime qui te demontre par a +b = Z que Diesel et D&G sont les nouveaux Chanel et dior. Il te montre par la même occasion sa derniere trouvaille : la mini pochette Burb (en authentique cuir made in alger..). Il se déhanche, dans son beau t-shirt tout juste sorti de la penderie du petit frere (qui a déserté les terrains de jeux, Il marche à peine et veux des bottes de sept lieux…). Bras en l’air, au milieu de la foule, il tente venement de chanter les paroles, mais ne comprend rien a la langue de Shake-spear.
    Le guido a sa guidette, fagotée comme une travailleuse de la rue st denis.

  • 3
    17 mars 2010 - 17 h 01 min | Permalink

    Très drole ta sociologie.

  • 4
    17 mars 2010 - 18 h 30 min | Permalink

    en fait Heineken l’a déjà bien étudiée, cette sociologie, le site vient de sortir, tu ferais pas de la pub pour eux par hasard ? :p
    en tout cas le site est à voir http://www.knowthesigns.com/

  • 5
    17 mars 2010 - 18 h 56 min | Permalink

    @Miss400 : Le pire, c’est le polyglotte croisé avec le dragueur : « Tu sais, je suis très bon en… langues ». Avec un clin d’oeil appuyé.

    @Oreste : Tu as tout à fait raison. J’avais écrit un article sur les douchebags/guido à l’époque : http://www.uberparisians.com/2009/07/13/elegance-academy-2-—-comment-ne-pas-etre-un-douchebag/

    @Eric : Merci !!

    @Madgik : Ah, effectivement. Le mec bourré est de toute façon surtraité par la sociologie clubbesque, je n’ai rien inventé :)

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