Rosalie écrit au Premier Ministre

Monsieur le Premier Ministre,
Hôtel de Matignon
57, rue de Varenne
75700 ParisObjet : Arrêté de catastrophe naturelle
Monsieur le Premier Ministre,
(ou plutôt, « Chère Josette la secrétaire »)Vous n’êtes pas sans savoir que ce week-end, une forte tempête a ravagé l’ouest de la France. Du genre de celles qui te réveillent en pleine nuit parce que ça souffle dehors. D’ailleurs (vous me pardonnerez de faire ma citoyenne modèle), je me demande combien l’UE a raqué pour trouver un nom de tempête aussi débile : Xynthia, je veux pas dire, mais même chez TBWA ils seraient pas capables de sortir un truc aussi naze.
Or, je vous ai vu dans la journée de dimanche sur le parvis de Matignon faire une annonce officielle. Vous avez notamment dit que les arrêtés de catastrophe naturelle seraient pris pour permettre aux sinistrés de faire leurs demandes d’indemnisation auprès de leurs assurances.
Ce à quoi je vous réponds qu’ici, à Paris, dans le Marais, la tempête, elle est aussi passée. Si si.
Figurez-vous que dimanche matin à l’aube (genre vers 10h, oubliez pas qu’il y a un décalage horaire chez nous autres, le dimanche : on petit-déjeune à 14h), une énorme bourrasque de vent mesurée par mon compagnon via l’anémomètre de son iPhone à 230 km/h (Putain Jules, t’es sûr que c’est crédible, là ?), a renversé mon palmier géant qui trône fièrement sur notre terrasse.
Nous avons dû subir les effets suivants :
- De la terre s’est échappée du pot et a dégueulassé le carrelage de la terrasse
- Deux feuilles ont été sectionnées par le joint de la gouttière murale
- Prise de panique devant l’urgence, je me suis précipitée chaussée de mes bottines en daim sur la terrasse afin de relever le palmier. Votre président, Nicolas le Jardinier, sait à quel point l’eau et la terre mélangées font des ravages. Flinguées, les bottines.
J’attire votre attention sur le fait que les 3 effets suivants sont constitutifs d’un préjudice qui, conformément à la jurisprudence du Conseil d’État, est :
- Direct (ça tâche, ça bousille)
- Certain (j’ai les photos)
- Évaluable en argent (vous savez combien ça coûte des bottines en daim Les Petites Parisiennes ?)
Naturellement, le lien de causalité entre le fait générateur et le préjudice ci-dessus est :
- Immédiat (ça souffle, ça tombe, pas besoin d’être Hubert Reeves pour comprendre)
- Adéquat (c’est une assez bonne idée pour une tempête de renverser des choses)
- Exclusif de toute cause exonératoire par cas fortuit, fait d’un tiers, faute de la victime ou force majeure
Ainsi, je vous demande bien vouloir signer l’arrêté de catastrophe naturelle pour Paris IIIe. Mon intérêt pour agir n’est pas motivé par la seule quête d’indemnisation. Le fleuriste à côté de mon immeuble a perdu sa devanture en verre sous le vent. D’autres demandes devraient émaner du même secteur, vous convainquant de la nécessité à agir.
Car, quand même, ne l’oubliez pas, mes bottines sont irrécupérables.
Voilà voilà. J’imagine que ce recours gracieux restera lettre morte puisque vous n’êtes pas tenu d’y répondre favorablement. Mais, histoire d’être bien désagréable, je vous fait juste remarquer que je suis pas conne, et que je passerai au recours contentieux. PARCE QUE PUTAIN, MES BOTTINES ET MA TERRASSE DÉGUEULASSE, QUOI !
Vous voudrez bien trouver ci-joint le relevé des pertes subies et toutes pièces juridiques nécessaires.
En vous remerciant,
Rosalie Überparisian
(Presque true story)
Ça va être dur de plaider la responsabilité sans faute, mais y’a de l’idée.





9 commentaires
Pùtainnnn t’as une TERRASSE !
C’est bon.
Je suis définitivement jalouse
@LaNe : Une cour intérieure, pour être précis :)
Attends je ne suis plus: tu n es plus aux batignolles?
@Miss400 : Mais ça fait plusieurs moi, déjà, souviens-toi : http://www.uberparisians.com/2009/11/24/demenagement-dans-le-marais/
Salauds de riches.
Que fout Rosalie en bottines en daim au réveil un dimanche ? elle dort avec ?