Gainsbourg, vie héroïque

Je vous préviens, cet avis est plus que subjectif, il est carrément putassier d’exhibitionnisme. Pourrez pas dire que vous saviez pas.
Hier donc, je suis allé voir ce film complètement confidentiel, dont personne n’a entendu parler : Gainsbourg, vie héroïque. Je sais pas si c’est à cause du billet d’hier sur mes confessions de sale gosse ou à cause que j’avais dîné juste avant au Préau, qui ressemble un peu au Kloog dans le concept, mais ce conte de Joann Sfar m’a fait pas mal cogiter.
Gainsbourg, vie héroïque, c’est donc une composition arty à partir de la vie de Serge Gainsbourg. Vous attendez pas à voir une fresque hyper réaliste, ce n’est pas du tout le parti pris du réalisateur. Dès le début du film, on plongera donc dans l’imaginaire enfantin du petit Lucien qui aime se raconter des histoires. Il a un double, La Gueule, projection morphologique difforme de ce qu’il est et qui le suit partout comme un écho intérieur un peu diablotin. C’est La Gueule qui sera là quand il brûlera ses toiles et renoncera à une carrière d’artiste-peintre. C’est La Gueule qui sera là sur son lit d’hôpital après son premier infarctus et le poussera à faire éclore Gainsbourg le sulfureux.

On suivra donc le parcours de Gainsbourg, depuis le petit Lucien Ginsburg qui porte son étoile jaune et le verbe haut, fasciné par les femmes, jusqu’au Serge Gainsbourg des années reggae, hirsute et terne. Entre les deux, du piano, omniprésent ; de la fumée, permanente ; des femmes, pervasives. Gréco (Anna Mouglalis), en Méduse à cheveux raides, fait un passage éclair mais séduisant. Bardot (Laëtitia Casta) est une brioche enroulée dans des draps de satin. Birkin (Lucy Gordon) est un paquet de pop corn en mini-jupe. Et Bambou (Mylène Jampanoï), une plantureuse désespérée.
Je craignais que les acteurs cherchent à imiter leurs personnages. Eh bien, je n’ai absolument pas été déçu. Eric Elsmosnino est bluffant en Gainsbourg : le mimétisme est parfait, tant dans la voix que dans les gestes. De même pour Birkin, dont on retrouve l’accent frais et particulier. Laëtitia Casta, en prenant la fâcheuse tendance à ralentir ses fins de phrases et à les décorer de moues boudeuses, frôle parfois la caricature. La seule faute de casting restera d’avoir choisi Sara Forestier pour interpréter France Gall : elle manque de fraîcheur et de légèreté, sa voix n’a pas ces petites pièces d’argent caractéristiques de la France Gall jeune fille.

Je vous conseille vivement d’y aller, même si le film se découd au fil de la trame. Après l’épisode de l’infarctus, on perd l’ambiance du film, qui devient beaucoup plus réaliste et froid, et se termine un peu brutalement.
Ah, et si ça me fait cogiter, c’est que ça pose beaucoup de question ce film. Sortir des sentiers battus pour réaliser ce que l’on veut, avoir le courage de remettre en question ses certitudes pour aller se jeter dans une aventure incertaine, perdre ou ne pas perdre l’impertinence — forcément sincère — de ses jeunes années. Finalement, ça pose la question de savoir qui on veut être et comment on veut s’accomplir…
Je vous laisse, j’ai rendez-vous avec Mireille Dumas.





12 commentaires
Je crois que j’irais surtout pour Lucy Gordon qui est juste sublime.
@eamimi : Qui était sublime… http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucy_Gordon
Ce mec me sors par les oreilles.
@jules : oui oui je sais c’est super triste. Mais elle restera sublime à tout jamais sur les écrans.
Me voilà une de fois de plus partagée entre ma fascination et mon admiration pour le grand Serge… et mon aversion pour l’exercice cinématographique: transformer une vie réelle en œuvre d’art est-il vraiment possible ?
@Eric : Qui donc ? Gainsbourg ou Eric Elmosnino ?
@Eamimi : Oui, elle est très jolie…
@Nekkonezumi : Ce n’est pas un film autobiographique, en fait, c’est très fantasmagorique. Le film rend bien l’aspect « héroïque » de sa vie.
pas envie de voir ce enième biopic. Lucy machin, sur la photo du bas (si c’est bien elle) me fait davantage penser à Hardy.
C’est justement pas un biopic. Sinon, ce serait moins drôle !
E_ftw a raison, c’est un conte, pas un biopic. C’est vrai que ceux qui cherchent une peinture réaliste de la vie de Gainsbourg vont être déçus. Au contraire, je trouve que Sfar restitue bien les aspects féériques de la vie de Gainsbourg. Toute la première partie du film et les années jazz & smoke sont vachement bien mises en scène. Le revers, c’est que le film peint Gainsbourg en icône branchée par admiration, mais quand il s’agit d’évoquer sa déchéance, Sfar a l’air beaucoup plus pudique, comme s’il voulait maintenir Gainsbourg en lumière et passer Gainsbarre dans l’ombre…
Je suis ressorti plus mitigé que toi, je crois. Mais je conseille quand même d’y aller !!
Ouh là, j’ai fait un long commentaire, désolé, je me suis lâché !!! :-)
@Miss400 : Comme dit e_ftw, c’est pas vraiment un biopic. On y va plus pour la magie et l’ambiance que pour le réalisme de la description.
@E_ftw : Tu l’as vu ? T’en as pensé quoi ?
@Coriolis : Y’a pas de mal à laisser des longs commentaires ! Contrairement à toi, j’ai bien aimé, même si je trouve aussi que la fin a été bâclée par trop de pudeur.
Oui, je vous rejoins Coriolis et toi : un (relativement) joli conte, qui perd de sa « magie » vers la fin. J’ai l’impression que l’angle de vue du spectateur n’est pas le même au début et à la fin (mais c’est sûrement dû au fait que la Gueule est de moins en moins présente) (désolée pour le mini-spoil !); on commence le film en voyant le monde « dans les yeux » de Gainsbourg, et à la fin, on voit le monde « avec » Gainsbourg.
(Désolée, j’ai conscience de pas être claire mais je viens de me lever…)