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Sale gosse

20 janvier 2010 18 commentaires

sale gosse

La société française a beau être sécularisée, il subsiste tout de même en chacun de nous, même parmi les plus impies, un vieux fond de catholicisme bigot. C’est sans doute la raison pour laquelle, quand parfois on va patauger dans les bas-fonds de la bêtise humaine, on ne peut pas s’empêcher de penser que là-haut, il y a quelqu’un avec une fine barbe à la John Malkovitch qui balance un « Ttt ttt ». Et ça craint.

Si je rassemble mes souvenirs, il y a bien dix fois où j’ai péché de manière éhontée, nananinanère (mais maintenant j’ai honte) :

Rupture du lien conjugal. Par facilité, j’ai trouvé plus intéressant de profiter de deux semaines de vacances et d’un voyage scolaire de deux semaines à la suite pour faire le mort et éviter une rupture prise de tête, que de me la coltiner en frontal. Eh bien, figurez-vous qu’une adolescente amoureuse, c’est tenace, même après 45 jours de silence complet. Mea culpa : elle n’était pas très jolie.

Tapage diurne. En 6e, je chantais Freude, schöner Götterfunken… en cours de musique. J’avais l’outrecuidance d’élever cet odelette deux-tons au rang d’art. C’était assimilable à un chat sous 220V. Mea culpa : moi, quand on m’accompagne au xylophone, je ne donne pas le meilleur de moi-même.

Dégradation de bien privé. En revenant de la plage avec ma tante, une violente dispute éclate via le rétroviseur intérieur. Profitant de ma position privilégiée à l’arrière, je mets mon plan de vengeance à exécution en balançant les escarpins Dior par la fenêtre. A 110 sur la nationale, le talon n’a pas tenu. Après 18 roues, le cuir n’a pas tenu. Mea culpa : je voulais une glace.

Harcèlement moral. Il en fallait une dans tout le collège pour servir d’exutoire à sève kikoolol mal contrôlée. Elle, c’est Mme P., professeur de SVT. Des statistiques stratosphériques : auteure de 80% des colles de tout l’établissement (dont une journée en mode rafale : 12 heures distribuées en 5 minutes), une carrière de plus de dix ans parmi les quolibets et les batailles de boulettes de papier, un volume sonore moyen estimé à 90 décibels pour couvrir le brouhaha ambiant. Parmi ses faits d’armes, un joli arrêt maladie pour dépression nerveuse de deux trimestres. Une technique de gestion des cas récalcitrants au poil : la colle tournante (comprenez : le dernier qui se sera fait remarquer à la fin de l’heure prend les 2 heures pour lui, jeu de stratégie parfait pour essayer de faire punir les autres avant la sonnerie). J’ai passé mes quatre années de collège avec Madame P. Elle n’a pas survécu, surtout à la reconstitution de 14-18 en fin de 3e : les Teutons (Allemand LV1) contre les British (Anglais LV1), les tables en barricade, les cours en boulette, et au milieu, la Suisse, neutre et bien sage, qui prenait ses notes. Elle a encore moins supporté de voir le champ de bataille vite rangé quand elle a fait venir la SDN (aka la dirlo) pour venir constater les dégâts. Mea culpa : franchement, qui peut décemment s’intéresser à la reproduction des pyrrhocores ?

Outrage à agent public. A huit ans, pour vérifier la théorie, je fais un doigt d’honneur à des gendarmes venus contrôler le coffre plein de champagne de la R19 familiale. Ils ont ri. Ça ne m’a pas plu de me rendre compte que les gendarmes avaient le sens de l’humour. Du coup, je les ai traités de connards. Ça leur a moins plu. Mea culpa : ils m’ont poussé dans mes derniers retranchements pour confirmer ma théorie.

caprice

Photo FlickRBabyDinosaur

Vol. 1994. Dans la cour de récré : les filles et leur Polly Pocket, les garçons agenouillés sur le bitume pour un jeu aujourd’hui très old-fashioned : s’amuser à retourner dix fois de suite une image Panini sur le sol à l’aide d’un appel d’air de la main. Je faisais fortune grâce à la technique du « glaviot dans la paluche », et je me spécialisais dans le hedge gaming : gauler toutes ses cartes à un glandu qui n’en avait presque plus, ou chourer ses plus belles cartes à un nigaud. Du coup, je les leur rendais à 4 contre 1. Vae victis. Mais comme toutes les glorioles sous le préau, ma célébrité avait ses côtés obscurs. Mon ascension rapide à la Omar Harfouch comme king du sticker suscitait les jalousies, et on m’accusait de voler en douce des images Panini. Oui, c’est vrai, j’étais kleptomane des images Panini Foot. Mea culpa : je n’arrivais pas à avoir l’écusson de la Berrichonne de Châteauroux.

Séquestration. Grande section de maternelle, en cours de gym. On me cherche des noises ? J’enferme l’importun dans un placard et je ferme de l’extérieur. Quand deux heures plus tard la maîtresse demande « Que penses-tu de ton comportement ? », je rétorque, grisé et arrogant (tu sais, la réponse avec la moue du mec qui réfléchit par fausse modestie) : « Bien ». Mea culpa : je ne savais pas ce que voulait dire « comportement ».

Dénonciation calomnieuse. En CE2, la conjugaison me passionne moins que de draguer Julie N. à coups de répliques d’Aladdin (ça s’invente pas). J’ai dû chanter trop fort Prince Ali, puisque le maître se retourne pour savoir qui ne fait rien qu’à bavarder. Pauvre André L., a-t-il terminé ses deux cent lignes ? Mea culpa : je ne voulais pas rater Dragon Ball Z.

Torture et actes de barbarie. A cinq ans, androgyne du jeu, je me suis retrouvé à jouer aux Barbies avec la voisine. Le ventre rond de Barbie enceinte me fascinait. Je l’ai accouchée par césarienne. Au couteau de cuisine. Mea culpa : j’étais qu’en première année de médecine.

Crime contre l’humanité. J’ai possédé et écouté l’album des Worlds Apart. Mea culpa : aucun, c’est la raison de ce billet ; j’ai peur pour le salut de mon âme.

BONUS TRACK

Fraude au congé-maladie. J’avoue, j’ai déjà prétexté un mal de bide à te plier en deux pour zapper une journée en agence. En fait de colique néphrétique, j’avais juste un énorme bouton horrible au milieu du front. A également fonctionné avec la fausse grève surprise, et la subite tempête de neige pour cause de micro-climat. A également fonctionné par le passé pour se soustraire à un examen de SVT. Mea culpa : le bouton était vraiment horrible.

Photo FlickR (d’en haut)Alexgg

BlogBang

Ça beugle vachement là-dedans ! (18)

  • eamimi

    Ce billet est dément !
    Je suis un peu nostalgique, j’étais sage comme une image (panini …huhu) quand j’étais petite …

  • LaNe

    J’aime aussi :)

    Dommage, tu reposes tes actes sur le petit garçon faussement innocent que tu étais. Et le Jules averti et conscient de ses actes, il a fait quoi? Assume un peu !

    (PS: la fraude au congé maladie, c’est pas ma faute. c’est le Garçon qui avait la gueule de bois, je pouvais pas l’abandonner)

  • miss400

    c’est la disparition de supernanny qui t’a inspiré ce billet, i guess?

  • Nekkonezumi

    Dans tout ça, le plus grave, et de loin, c’est l’absence de respect pour le xylophone. Je ne m’en remettrai pas.
    Trois patères et deux navets.

  • Jules (author)

    @Eamimi : Tu étais une enfant choupie ?

    @LaNe : Ah mais j’ai dit que je fraudais au congé-maladie et que je larguais lâchement à l’adolescence ;-)

    @Miss400 : Même pas, je l’ai écrit hier !

    @Nekkonezumi : Attends, comment tu veux chanter juste avec un truc qui fait juste cling-cling ?

  • Eric

    Un vrai sale gosse. lol
    Au fait je te « suis » sur twitter.

  • PBMV

    Moi en fac, je faisais croire aux profs du cursus 1 que j’avais un cours avec le cursus 2, et vice et versa, et en fait je rentrais à la maison pour goûter.

    Je sais, c’est moche.

  • eamimi

    complètement !

  • Jules (author)

    @Eric : Ah oui, j’ai vu ça (manque un « t » à ton pseudo d’ailleurs !)

    @PBMV : J’ai commencé à m’assagir quand j’ai eu le bachot…

  • Gainsbourg, vie héroïque | Überparisians | Jules' so chic Paris notebook

    [...] vie héroïque. Je sais pas si c’est à cause du billet d’hier sur mes confessions de sale gosse ou à cause que j’avais dîné juste avant au Préau, qui ressemble un peu au Kloog dans le [...]

  • Julie BBG

    Et t’as jamais jeté de capotes pleines d’eau de ton balcon sur la tête des passants?

  • Jules (author)

    @JulieBBG : Non, hier à la soirée Manix, on a été sages.

  • Coriolis

    Une vraie tête de mule, j’adore… Ca me rappelle la fois où j’ai enfermé ma mère sur le balcon parce qu’elle m’avait interdit de jouer à Super Mario Bros…

  • Jules (author)

    @Coriolis : Je pouvais en faire que dix, mais ça aurait pu figurer dans la liste, comme toi :)

  • Une blonde dans la ville

    et après il y a des gens qui osent me traiter de vilaine…
    ça ne m’étonne même pas. Sale gosse !

  • Jules (author)

    @Une Blonde : Y’en a qui veulent du concours de sale gosse ici ? T’as fait quelque chose de pire que l’avortement de Barbie à l’opinel (avant Orelsan, madame) ?

  • Mytho | Überparisians | #JulesUberPartout

    [...] la trouille en 1993 en lui disant que les Allemands allaient de nouveau débarquer (vous avez dit sale gosse ?). Rosalie U. a failli s’émouvoir quand j’ai trouvé sa quiche lorraine sublime, mais [...]

  • Coup de Canon | Überparisians | #JulesUberPartout

    [...] faisait deux jours que j’attendais le livreur, limite que j’ai failli poser un congé-maladie factice. Et puis finalement il est arrivé. Je peux te dire que le rendez-vous client, il a été postponed [...]

Vas-y, cause dans le post(e) !