Si tu ne comprends rien au mercato, dis-toi que c’est comme des soldes

J’ai bon espoir que depuis la Coupe du Monde 1998, vous ayez compris la règle du hors-jeu. Mais pour ces dames qui auraient encore du mal à saisir toutes les subtilités techniques du football moderne, il faut aborder un problème très complexe : le mercato. Quoi de plus ardu à imaginer qu’un gigantesque marché aux bestiaux sur crampons, jugés sur leur pedigree, leurs performances actuelles, leur style (de jeu), et leur capacité à s’intégrer avec toutes les autres pièces de son vestiaire, et qu’on est prêts à s’arracher à coups de millions ?
En fait, c’est assez simple, on le voit : le mercato, c’est comme les soldes.
Il faut déjà distinguer le mercato d’été du mercato d’hiver. Comme pour les soldes, le mercato d’été c’est le moment privilégié où l’on reconstitue sa garde-robe à deux pattes. La rentrée approche, les projets abondent, c’est le moment de toutes les folies budgétaires. Du coup, on a un peu la tête dans le guidon et l’on n’y regarde pas à deux fois avant d’aligner les ronds, grisé qu’on est par l’excitation de tous ces millions qui défilent et par les jolis tricots d’un avant-centre en plein passement de jambes. C’est un peu la raison pour laquelle le mercato d’hiver est morne et fade : on essaie en priorité de faire du vide-dressing pour se débarrasser de toutes les pièces hors de prix qu’on s’est payées au mercato d’été, histoire de faire quelques réajustements de vestiaire.
C’est tout le problème. On n’y trouve que deux types de pièces : celles qui sont de saison parce qu’elles ont fini leur championnat (soit l’Amérique du Sud, soit la Scandinavie), et les vieilles fripes dont personne ne veut plus et qu’on est prêt à brader au premier quidam venu, même s’il faut aller l’envoyer dans des dressings où elles côtoieront des survêt’ Adidas 1978 et du t-shirt Delaveine (comprenez : les divisions inférieures ou les destinations peu reluisantes ; en ce moment, la cote est à Chypre). Le choix est rude entre de la chapka rustique et du paréo qui sent bon la caïpirinha. Le reste, c’est de la collection non soldée, qu’on préfèrera regarder en fin de saison pour les soldes d’été. Pas grand-chose de vraiment excitant donc.

Ricardo Quaresma – Crédit photo : Panoramic
Sauf qu’il y a parfois quelques bonnes pièces. Ce n’est pas parce qu’elle est griffée et qu’elle a du style qu’une pièce sera jolie dans tous les vestiaires. Encore faut-il savoir la porter et la mettre en valeur dans son dressing sur crampons. Dans deux garde-shorts distincts, une même pièce pourra être tantôt guenille, tantôt sublime. Malgré les bourses vides du mois de janvier, malgré la déprime ambiante, malgré la faible offre sur le marché, il reste possible de faire la bonne affaire en allant convaincre un concurrent que ce sublime caban (diawara) lui va comme un sac.
Pour ça, on applique aujourd’hui les techniques deuxpointzero. On ne se déplace plus pour faire les soldes et mettre les pièces à l’essai en espérant bénéficier d’un droit de rétractation de 7 jours. On faxe. On téléphone. On textote. Bientôt, on aura carrément des ventes privées sur Internet.
Et si l’on est plusieurs sur le coup, on n’hésite pas à s’arracher la pièce en surenchérissant. Car, finalement, c’est la seule différence avec les soldes féminines : on ne s’arrache pas un joueur comme un vieux vêtement, on fait la course aux millions. Chacun sa technique.
Photo d’en haut : Rafael Van der Vaart – Crédit Photo : Reuters





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