Lost in translation

Les copains, je passe en coup de vent, mais quand même je dois vous parler d’une chose horrible.
Y’a quelques jours, quelqu’un me pose innocemment la question de si j’ai un iPhone. Que oui, je fais, pensant m’arrêter là. Mais non, voilà que dans ma boîte aux lettres sans facteur on m’invite à tester une application iPhone.
Ca doit être mon côté Jamy&Fred, mais je me suis dit qu’il serait utile de procéder à une expérience scientifique pour tester la chose. J’ai donc décidé, bien poussé par Rosalie, d’aller m’immerger par-delà le périphérique pendant un week-end. C’est que, vois-tu, c’était un peu mon Rendez-vous en terre inconnue à moi. Rosalie m’a bandé les yeux, ne m’a rien dit, et, ô surprise, je me suis retrouvé dans une jungle hostile.
Là-bas, personne ne parle la langue d’ici. Tu demandes ton chemin vers un bar branché, ils te regardent offusqués : c’est qu’ils sont tellement fiers d’avoir l’électricité que « bar branché », ils trouvent ça redondant. Très vite donc, je me suis retrouvé à me demander comment communiquer le plus efficacement.
Et c’est là que cette application pour le Guide du Routard est fichtrement intéressante. J’ai sélectionné la langue qui s’approchait le plus de ce que je croyais entendre par là-bas. Puis j’ai immédiatement mis sous les yeux des autochtones banlieusards une image de carte routière pour leur demander le plus court chemin pour rentrer à Paris. Mais las ! c’est à croire qu’ils connaissent pas vraiment par cœur le plan du métro parisien, et de taxis, j’en ai pas vu le pot d’échappement d’un seul.

Foutu pour foutu, on s’est dit qu’il valait mieux leur demander de nous faire goûter les spécialités du pays et de nous indiquer les bonnes tables. A dire vrai, c’est pas pour les monuments qu’on a traversé Paris, hein : c’est que des immeubles en béton armé qu’on se croirait en ex-RDA. Je leur ai donc demandé de bien vouloir m’indiquer comme marqué sur l’écran le meilleur endroit pour consommer des vins effervescents et des vins tranquilles (?!?!!).

A ce stade-là, tu te dis qu’elle est rudement chouette cette application. Oui, mais attention. En face, il faut que t’aies un interlocuteur qui ait bénéficié du plan d’éducation mis en place par la mairie de Paris (genre les bases : connaître nos institutions, savoir lire, tout ça…), et qui soit pas trop rigidifié du bulbe. Va faire comprendre à un indigène altoséquanais ce que tu désires vraiment quand tu lui montres l’image d’un commissariat…
Alors je peux vous dire que quand tu veux aller dans un bar à sushi et que t’es obligé de montrer l’image d’une poissonnerie, t’as beau te mimer les yeux bridés et faire semblant de manger avec des baguettes, le gentil autochtone, il te regarde l’air de dire MER IL EST FOU.

Si vous aussi vous devez partir en banlieue, pensez à bien prendre votre application Look ! Oubliez pas les vaccins non plus. Bon, on se barre à Avignon avec Rosalie et je suis déçu de ne pas pouvoir utiliser mon image des vins tranquilles : ils boivent que du Perrier citron là-bas, non ?








heureusement, je ne l’ai pas su à l’avance. Je me serais fait un sang d’encre pour Rosalie et toi.
Sois sage, Ô ma douleur, et laisse moi effervescente.
Arf arf arf. Bon weekend sur les ponts.
(d’ailleurs, c’est « tiens toi », et pas « laisse moi », rhâ flûtezut!)
et neuilly, tu y vas ou jamais?