Melon blogosphérique et new modesty

C’est pas le tout de jouer les snobs à la ville, il faut aussi savoir l’être derrière l’écran.
Depuis que les machins sociaux ont essaimé partout dans les journaux, jusqu’aux magazines féminins qui donnent chaque semaine l’impression d’être la poule qui est tombée sur un ver et qui caquète à qui veut l’entendre sa trouvaille (typiquement Elle), tu ne peux plus passer une journée sans en entendre parler.
Seulement, le travers des réseaux sociaux, c’est le mode gros melon que tu développes systématiquement. Ah ça, sur Twitter, y’en a qui sont champions pour nous donner de l’opé par-ci, de la VP par-là, pour transformer leur timeline en Voici version me, myself and I. Mais le phénomène n’est pas propre à Twitter, et si vous remarquez bien vos amis Facebook, il y en a toujours au moins un dont la vie doit être tellement hype vu l’activité de ses statuts : on se demande comment il fait pour être à Miami la veille et à Osaka le lendemain, mais bon.
La vantardise, c’est l’ornement chic de ceux qui s’imaginent qu’il est indispensable. On s’excuse, mais l’élégance, la distinction, elle passe avant tout par la new modesty (love you Karl), et le tuning, c’est toujours hideux, que ce soit sur Twitter, sur sa voiture, ou sur son look (sauf si vous voulez ressembler à une vamp).
En cinq points, comment appliquer la new modesty sur les réseaux sociaux :
1) Un gramme de chic n’égaye jamais un kilo de banalité. Vous connaissez la règle du caviar et de la boue. Surjouer le côté hype de sa vie est un jeu risqué. Quel intérêt de se prendre en photo avec des fringues équivalent au PIB du Nicaragua si vous habitez dans un 13m² avec un lit en mezzanine pour gagner de la place ? Pourquoi narrer la flopée d’opé auxquelles vous assistez grâce à votre blog, vos lunches-to-be avec les barons de la blogosphère si vous êtes présentement chômeur ? La tendance est un mode de vie et de consommation, pas un badge accroché au chandail.
2) Le web est une agora, pas une cour. A voir certains blogs et certains comptes Twitter, le contenu est désespérément vide, bloqué sur courant alternatif : un compte-rendu d’opé, une invitation VP, et de temps en temps un message d’excuse en forme de listes de courses pour se dédouaner d’être peu présent. « Mais que voulez-vous, j’ai fait tant de choses intéressantes ». Un peu de modestie impose de ne pas s’abaisser à solliciter les compliments flatteurs de ses lecteurs-adulateurs, mais de se remettre en question à chaque billet.
3) Démarque-toi ou passe ton tour. On ne va pas refaire le débat. Sur Internet, il y a les passeurs d’info, et ceux qui tentent modestement de produire de la valeur ajoutée. Ici, une règle : il n’y a pas de sujets du moment dont il faut parler, seulement des sujets du moment dont il faut parler et sur lesquels on a quelque chose à dire.
4) Show few, attend plenty. L’absolu du chic est de ne parler qu’au compte-gouttes de votre vie. Que représente pour vous une invitation en opé annonceur : un miracle inespéré ou une banalité quotidienne ? Soyons sérieux, qui tweete ses excursions à la boulangerie Eric Kayser ?
5) On n’oublie pas ceux qui savent se faire oublier. Avez-vous remarqué comme chez certain(e)s, le même événement peut-être pré-tweeté, live-tweeté, et post-tweeté ? A croire que l’égocentrisme pousse à vouloir attirer continuellement l’attention sur soi. Au final, ce n’est pas de l’admiration qu’on suscite, mais de l’empathie : mégalomanie mal maîtrisée égale confiance dans les chaussettes.
Et vous, vous êtes gros melon ?
Si j’arrive à faire des photos correctes, demain on va
causer de comment être hype en buvant du thé.
Photo FlickR — Tim Lawrenz





20 commentaires
J’ai atterri ici en cliquant sur Twitter (arf, oui, je sais, c’est bas mais c’était trop tentant et je n’ai rien vécu aujourd’hui, alors ….)
bordel, j’ai pas chopé le melon mais une crise de rire quand ELLE puisque tu le cite, a décidé que l’horoscoperie du vendredi faisait je cite « hurler de rire toute la blogo ».
Sinon, si tu passe par Eric Keyser, sois mignon, ramène moi la tarte abricots-pistache, c’est ma tuerie.
avec un S à tu passes, c’est mieux
J’avoue, je fais des listes de choses dont je veux parler dont j’ai pas le temps. Mais c’est pas parce que j’ai une vie so intense, c’est juste que j’ai beaucoup de boulot… Mais ce serait pas très pétassista de le reconnaître ;)
Le top de la cheville qui gonfle ce n’est pas celui qui fait la leçon à ses comparses ? ;)
Boarf je pense qu’a la base pour ouvrir un blog, il faut avoir un peu le melon. Apres certains l’ont plus que d’autres, certains le montrent plus que d’autres. Mais entre melons, on se comprend !
A noter que si tu expliques avec modestie que tu es prof de philo au lycée et que tu écris un article, même passionnant, sur la critique de Kant par Schopenhauer, tu auras créé un vrai contenu. De la qualité, quoi.
A la fin de ton article, tu annonces avec modestie que ton billet n’est certainement pas parfait et que les visiteurs ne doivent pas hésiter à réagir en commentaire.
Résultat : 0 visiteur, 0 commentaire. Dans le web comme ailleurs, l’essentiel n’est pas le savoir-faire, mais le faire savoir.
@Nekkonezumi :
@Miss400 : Han! T’as eu ta blog-fame dans Elle ? Trop la classe.
@PinkLady : J’aime bien le concept de pétassista :)
@Jul : Est-ce qu’on a pas tous le melon ?
@La perchée : Entre melons, si on peut plus se sentir…
@Guillaume : Han mais faut pas le prendre au sérieux !
Moi, j’ai des grosses chevilles, mais je ne sais pas si il y a un rapport …
Ah oui mais, si tu me donnes l’occasion de râler contre les effets du vide ambiant, je râle consciencieusement :-)
@Anna : C’est normal, les Nike Dunk iD reviennent, l’outil crée la fonction…
@Guillaume : Nan mais c’est vrai, parfois y’en a qui oublient que c’est que du web, quoi. Quand y’aura le Goncourt du blog, certain(e)s feront la tronche.
Je suis d’accord avec toi. je blogue tranquillement dans mon coin.
Bordel !
J’ai compris récemment grâce à Jules que j’étais un trend-suiveur, donc maintenant j’arrête de vouvoyer mes 2 lecteurs sur mon blog et j’arrête le teasing billets à mes 8 followers twitter (dont 1/4 de biatches qui me proposent des vidéos X hébergées au Canada).
Dès que j’ai le melon, j’te rappelle.
@Madame Kévin : Han mais non, faut pas.
@Matskvg : C’est l’effet décalage horaire entre Paris et la province, ça. Jamais trouvé de trend-setter au-delà du périph’ encore.
c’est plutôt la blonde qui l’a eue. Et je suis so proud (je l’aime, c’est pour ça)
Je comprenais pas pourquoi j’arrivais plus à enfiler de cols roulés par la tête…
Le souci étant que par les jambes non plus, ça passe pas. Tu crois que le cul est proportionnel à l’estime de soi ?
Ahahah ! Moi, d’abord, comme le dis la400, j’ai absolument pas choppé le melon quand Elle m’a fait un billet pour préciser que je faisais mourir de rire la blogo grâce à… l’horoscoperie du vendredi… C’t'à dire que c’est quand même la rubrique – et de loin – la plus intellectuellement aboutie de mon blog. D’ailleurs, je compte en faire un billet tous les mois à date anniversaire pour rappeler que moi aussi, pendant une seconde j’ai été une star de la blogo (parfaitement) à l’aura aussi éternelle qu’un participant de Loft Story.
@Miss400 : Bravo à elle ! (Bientôt tu auras les honneurs de la tranche regardez-comme-on-est-hype dans le Elle)
@Ginie : En général, sur la blogo, c’est de beaux culs qu’on parle, pas de gros culs !
@Blondie : J’attends le single ou la sextape, du coup, maintenant.
Pepito mi corazon, pepito, pepito.
Ca c’est pour te situer le loving qui jaillit de moi à la lecture de ce billet. J’ai mis les pieds dans une opé une fois, pour voir… une malheureuse fois… Mais c’est pas des melons que j’ai croisés, c’était des pastèques. Je me suis promise d’en refaire au moins une, un jour où j’aurais vraiment plus de vie, et de rejouer le diner de cons.
Comme Madame Kévin, je blog dans mon coin.
(coin coin)
(mais quel humour, mais quel humour oh my god!).