Sophia, la suite

Y’a quelques jours, on parlait de la première rencontre avec Sophia, la CSP+ trentenaire qui filait à l’anglaise. Mais on avait réussi à imposer un déjeuner (ou dîner, je vois que certains s’intéressent aux menus détails). Alors aujourd’hui on va parler du déjeuner/dîner. C’est en-dessous. Au prochain paragraphe, quoi. Bisous.
Eviter les canards
Encore faut-il ne pas se planter. Avoir reçu l’autorisation de courtiser n’augure pas du succès. Quand on lit FHM, on appelle ça « ferrer le poisson ». Quand a d’autres références, on appelle ça « réciter la partition ».
Sophia cumulait des contraintes sérieuses : raffinée, cultivée et déjà rodée. Autant dire qu’à moins de sublimer ce qui allait arriver, ce n’était pas la peine de se déplacer. Rendez-vous pris sur mon initiative à La Rotonde, pour l’alchimie des ambiances. Un café chargé de matière émotionnelle, sujet à de nombreuses discussions hors des sentiers battus. Une atmosphère d’irrévérence un peu jazzy. Une invitation espiègle à jouer les Sartre & Beauvoir en legging et caban. Au final, quelque chose d’évidemment préparé, mais dont l’élégance surpasse le cliché.
Ce qui ne devait être qu’un thé Jasmin est devenu un long drink en mode essoreuse. Quatre heures de palabres ininterrompus, de cataclysmes de fonds de verres : mais-qui-es-tu-en-fait, à-quoi-ressemble-ta-vie, qu’est-ce-qui-nous-rassemble ? On se tourne autour, sans jamais chercher à s’atteindre ; on se circonvolutionne (on danse le flamenco, quoi). Et je me suis retrouvé à parler à Sophia comme jamais je n’avais parlé auparavant. Aujourd’hui, ma mémoire est un peu embrumée, mais sous le flot des discussions croisées et jamais achevées, ça devait donner quelque chose comme ça :
« Que sont devenus tes rêves ? / J’aime pas Lacan »
« Si ça se trouve, Hemingway a posé ses fesses ici / Les cheveux sont le plus bel atout d’une femme, non ? »
« Et si tu devais servir l’Humanité, tu ferais quoi ? / Je préfère Gandhi à Neil Armstrong »

Ni les paroles, ni les consos ne furent ordonnées : pêle-mêle, du thé, puis un Gamay, un Perrier et un Chardonnay, mais qu’importe le flacon, pourvu… Vingt heures. L’heure du dîner. « As-tu des obligations ? Alors profitons-en ». Et nous quittons La Rotonde et Vavin ; nous quittons Man Ray et les Roaring Twenties, pour quelque chose de plus intime et de plus dépouillé.
C’est là que nous avons abandonné les artifices un peu plastronnant de la séduction pour faire place à plus de sincérité. Devant un chutney (hé, on était encore so 200X, hein) mangues/poireaux et du poisson grillé, on s’est beaucoup livrés l’un sur l’autre. Au fil du dîner, je crois qu’on a refait le monde et qu’on a suffisamment bavé pour gagner chacun deux Prix Nobel. Curieusement, je crois qu’a posteriori rien ne séduit plus une CSP+ que l’anti-séduction. Parler de choses aussi peu aguichantes que la mort ou la foi, ou disserter sur les vieux démons de la séduction nous a donné une bouffée d’oxygène.
« J’ai été agréablement surprise par cette soirée », qu’elle a sorti Sophia.
On était au mois de novembre. Dehors, il faisait froid (je crois que je suis en train de faire du Marc Lévy). On a marché jusqu’au métro côte à côte, les mains dans les poches, comme en sortant d’un déjeuner d’affaires. A la bouche de métro, on s’est regardés, et l’on s’est fait la bise.
Ah ça surprend, oui. Mais tu comprendras pourquoi la prochaine fois !
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10 commentaires
Et ils se livrèrent l’un sur l’autre, sans Chronopost puis s’embrassèrent sur la joue au dessus d’une bouche.
Re « la suite, la suite »!
Sartre et Beauvoir dansant le flamenco en legging et caban… « Les mots » me manquent.
Encore ! La suite !
C’est une gouine ? Un homme ? Ta soeur ? Une jument ? Elle est mariée ?
Très bons ces deux articles sur la CSP+… :)
@Nekkonezumi : En ces temps de grippe A, on pourrait plus le faire.
@Madame Kévin : J’ai hésité avec « Stone et Charden en sarouel et Chelsea boots ».
@Ginie : Une jument, tu ne crois pas si bien dire !
@Osmany : Merci :) La série est en cours, stay tuned.
J’espère bien que vous vous êtes fait la bise, après une « offensive » aussi rondement menée, achever la soirée par une tentative maladroite d’échange de salive eut été une catastrophe. (j’ai des principes dans la vie : c’est pas parce qu’on a été séduisant pendant un dîner qu’on doit s’autoriser à me sauter dessus à l’issue de celui-ci)
La suiiiiiiiiiiiite !
Rho t’es chiant de recouper, la suite bordel!!
(merci).
@Blondie : J’avais même, je crois, pousser le vice jusqu’à proposer de la raccompagner chez elle. Je comptais filer sitôt après l’avoir amené au pied de son immeuble (haussmannien of course).
@Julie : Attends, j’ai dû m’acheter masse de madeleines et de Werther’s Originals pour me souvenir de tout ça !
Sinon je veux pas dire, mais je fais exprès de caler du vocabulaire musical pour faire plaisir à l’une de vous qui fait pipi dans des violons au Japon, et elle le remarque même pas. Je vais me remettre à la guimbarde si ça continue.