J’ai fait le Vietnam

Les amis,

Souviens-toi que l’autre jour j’ai failli mourir du bras. Moi, si jeune, si plein d’avenir, si loin de la retraite (ah merde, j’ai pas pensé que j’aurais plus à cotiser si j’avais accepté de mourir)… Mais je devais choisir : affronter courageusement la mort et laisser orphelin un blog de cinq mois qui n’aurait pas pu grandir sans son géniteur php et CSS, ou bien obéir à mon instinct de survie naturel, le même qui fait dire à un ours brun que non, se balader au bord de la falaise, c’est idiot car c’est le meilleur moyen de faire un epic fall (par égard pour la difficulté avec laquelle j’ai mené cette vanne à sa chute, je vous prierais de commencer tous vos commentaires par « lol ». En vous remerciant)

Car, les amis, j’ai été faire une prise de sang !

On m’a pompé du sang, on m’a ventousé la veine, on m’a sucé mon liquide vital, on a préparé des Bloody Mary en loucedé, ette quaétéra ette quaétéra ! C’est pas que je veux pas vous bloguer mon carnet de santé, mais ma dernière prise de sang remonte au CP. Et je me souviens très bien de ce moment-là : assis dans le fauteuil hémosuceur, avec un garrot au-dessus du coude, à regarder fasciné façon extreme warrior l’aiguille s’enfoncer dans ma veine et les petites fioles faire glouglou. Oui, j’ai été un Moundir de la prise de sang ! Mais là, je devais y aller pour un autre motif et j’aime autant te dire qu’il m’a fallu un semi-remorque pour m’y traîner.

Mais où était passé mon courage légendaire, mon incommensurable hardiesse (we can) ? Rien qu’à l’idée de voir l’aiguille me percer et le sang sortir de mon corps, je pâlis. C’est pas que j’aime pas les piqûres, hein, entends-nous bien Georgette. Dès qu’il faut faire un rappel de vaccin, j’accours au dispensaire du médecin de brousse, je quitte prestement ma vêture supérieure, et j’offre gracieusement mon épaule dénudée à la piquouze médicinale attendant la délivrante sensation de la petite aiguille qui chatouille le muscle. Oui, j’aime les vaccins. Mais la prise de sang, quelle immondice, quoi ! Dans le creux du bras, dans la veine, je me sens aussi désarmé que Santoro face à un service d’Andy Roddick si je peux te situer.

Venons-en à cette terrible histoire de mort annoncée.

J’étais dans le delta du fleuve Rouge, à deux pas d’Hanoï, seul sans mes hommes soufflés par une bombe artisanale au milieu d’une jungle aussi bourrée de viets que l’était de barbituriques le corps de Marylin. Il faisait chaud, très chaud. Je venais de changer mes chaussettes pour la troisième fois. J’avais faim et très soif, et je devais au plus vite trouver une route pour filer jusqu’au campement. Mais soudain, arrivant près d’une clairière en creux, je vois fondre sur moi quatre escadres de jaunes armés jusqu’aux dents. Impossible de fuir. « Saletés de niaques ! », que je gueule en me tournant de tous les côtés. Là-dessus, un de leurs généraux, Trinh-thi-Minh ou un nom comme ça, fait signe à 3 de ses hommes de m’embarquer à l’arrière d’une jeep volée aux Américains. « You bloody bastards ! », que je gueule encore. Bloody, si j’avais su, je me serais tu… Ils m’emmènent dans un campement viet au cœur de la jungle jusque sous une tente de fortune.

Et là, l’horreur. Un fauteuil, même pas stérilisé, du matos médical vieux de Mathusalem. Les trois viets m’ont empoigne et jeté dans le fauteuil, tandis que le médoc, une sorte de rat rabougri avec deux longues moustaches blanches et fines et des petites lunettes m’attachait fermement au dossier par une ceinture de cuir. J’ai à peine essayé de me débattre, trop fier de mourir en officier. Je devais les affronter et les tuer par le regard, ces sales chiens. Le médoc viet se retourna sur sa petite tablette, tritura deux trois fioles, et revint vers moi avec l’aiguille bien en évidence. Il s’approcha de mon bras droit prêt à m’inoculer l’injection létale. Je lui sors : « Au bras gauche, Gong Li. Ça me ferait chier d’avoir mon bras valide prêt à te coller une mandale dans ta sale face de citron. » En fait, c’était une feinte de psychologie inversée pour qu’il me la fasse au bras droit (chuis gaucher). Mais ce con de viet, il a pas marché dans la feinte et me l’a faite au bras gauche !

Ploc ! L’aiguille s’est enfoncée dans mon bras pendant qu’il me jetait un petit regard mesquin. Et je me vidais de mon sang, les amis, je me vidais de mon sang : une fiole, deux fioles, trois fioles, qua… Je sentais mon bras commencer à s’ankyloser, mon cœur battait, j’allais mourir !

« Voilà, c’est fini », qu’il m’a sorti le médecin viet.

En fait, c’était une femme.  En fait, elle était pas viet. En fait, je me suis réveillé.

Mais en partant, l’infirmière m’a remis quelque chose : la Médaille d’honneur du Congrès.

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10 commentaires

  • 1
    17 septembre 2009 - 15 h 25 min | Permalink

    lol. Quand même, là tu pousses le bouchon loin. Tout ça pour une minuscule prise de sang??? Tout de meme.
    (je te chahute mais on ne m’as jamais mis de perfusion et je ferme toujours les yeux quand on me fait une prise de sang).

  • 2
    17 septembre 2009 - 17 h 10 min | Permalink

    Hilare (je ne peux pas taper les 3 lettres, je ne peux pas)
    C’est pour ça qu’on les aime les hommes: ils sont comme le Galak, si pâles, si doux … tu nous feras signe quand tu commenceras à avoir peur du soleil et de l’ail ?

  • 3
    18 septembre 2009 - 0 h 03 min | Permalink

    @Eric : Ce n’est pas une minuscule prise de sang, c’est une ponction avec des jerrycans ! (comment ça j’exagère ?)

    @Nekkonezumi : Il paraît que c’est tendance comme fantasme chez les femmes, le vampirisme

  • 4
    18 septembre 2009 - 1 h 47 min | Permalink

    Mort de rire. Des jerrycans, lol. Elle est bonne celle là.

  • 5
    18 septembre 2009 - 10 h 46 min | Permalink

    hahaha, un mec dans toute sa splendeur en fait!!

  • 6
    18 septembre 2009 - 11 h 24 min | Permalink

    lol.
    Rien qu’à la couleur de ton bras on sent la gangrène qui guette…

  • 7
    18 septembre 2009 - 11 h 30 min | Permalink

    @Eric : Je les soupçonne d’avoir fait des provisions pour les grands blessés de la route.

    @Julie BBG : Comment ça les hommes sont douillets ?

    @Anne : Parle pas de malheur !

  • 8
    24 septembre 2009 - 17 h 09 min | Permalink

    Z’êtes tous les mêmes en vrai hein ?!

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