Le statut du doudou dans le couple

Tout peut très bien aller dans un couple. Jusqu’au jour où le couple devient un trio. Non, il ne s’agit pas d’un amant ou d’une maîtresse, ni de la télé dans la chambre, mais bien pire. Parce que, cette chose, sous ses airs de ne pas y toucher, sous son côté mignon et affectueux, a vite fait de s’incruster dans ta vie conjugale sans plus jamais en sortir. Une fois qu’on l’accepte dans le lit, c’est fini.

Le doudou !

Oui, le doudou, cette chose affreuse qui n’est même pas une peluche. Cette chose horrible qui part en lambeaux jour après jour. Cette chose informe qui n’a ni couleur, ni beauté, ni un quelconque intérêt, mais qui te pourrit la vie. Car le doudou a une chose que tu n’as pas et dont tu es profondément jaloux : des souvenirs plus anciens et une affection qui en découle que toi tu n’auras jamais.

Rosalie a un doudou. Ignoble. Une sorte de coussin jaune minuscule et totalement miteux qu’elle traîne partout depuis ses deux ou trois ans. Comme un frère (elle en a deux pourtant !), comme un confident (elle a des copines pourtant !), comme une présence qui la rassure la nuit (pendant que moi je tricote en fait…). Mais le pire, à n’en pas douter, c’est que ce doudou a un nom, qui lui donne une personnalité, une légitimité dans le couple.

Ti’ Couss.

Ca ne s’invente pas.

Ti’ Couss, donc, est à l’origine de bien des disputes futiles, notamment autour du périmètre nuptial. Nous avons décidé d’un accord qu’il serait bon de ratifier le protocole du Doudou afin de normaliser les relations couple-doudou et pacifier l’ambiance générale. Après une intense réflexion juridique (hum hum), nous avons signé la Déclaration des Droits du Couple et du Doudou, directement gravée dans le mur du salon.

Les représentants du couple überparisien, constitués en Assemblée conjugale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits des doudous sont les seules causes des malheurs amoureux et de la vie à deux, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés du doudou, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps conjugal, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir ménager (lui) et ceux du pouvoir dépensier (elle), pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des membres du couple, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

En conséquence, l’Assemblée conjugale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être Suprême (Barney Stinson), les droits suivants du doudou.

Article premier – Les doudous naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 2 – Le but de toute association sentimentale de doudous est la conservation des droits naturels et imprescriptibles du doudou. Ces droits sont la liberté, le maintien à l’intérieur de la suite nuptiale, la sûreté face à la tentation du micro-ondes et la résistance à l’oppression de la poubelle.

Article 3 – La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des manipulations de chaque membre du couple sur les doudous n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres du couple la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi en vigueur dans le couple. La loi proscrit l’arrachement des yeux, la subtilisation des manettes de jeu, ou tout acte nuisible, gratuit et mesquin.

Article 4 – La loi n’a le droit d’interdire que les actions nuisibles aux doudous. Tout ce qui n’est pas interdit par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas (NON, je ne suis pas tenu de m’excuser auprès du doudou).

Article 5 – La loi est l’expression de la volonté du couple. Tous les membres du couple ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants (non mais oh ! c’est quoi ce bazar ? j’arrête de jouer moi si y’a des amants dans le placard !) à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse.

Article 6 – Nul membre du couple ne peut être accusé, arrêté ou détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu’elle a prescrites (cela exclut les griffures).

Article 7 – La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée. La grève du sexe pour un placement provisoire du doudou en détention dans une corbeille à linge sale ne saurait être de l’ordre de la riposte graduée.

Article 8 – Tout membre du couple étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

Article 9 – La propriété du doudou étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité conjugale, légalement constatée, l’exige évidemment (genre on va dormir et NON, tu me vires ce doudou Rosalie !), et sous la condition d’une juste et préalable indemnité (tu le fous par terre, je te paie une robe Koshka Mashka).

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12 commentaires

  • 1
    28 août 2009 - 13 h 21 min | Permalink

    Je ne connaissais pas cet épitre de l’évangile selon Saint Barney.

  • 2
    28 août 2009 - 13 h 47 min | Permalink

    Il faut absolument que mon coloc’ lise ton article !!!
    Dans notre trio amoureux, disons que nous ne sommes pas allés jusque là. Le partage de mon intention, de mon amour et de mes caresses est en fait assez bien partagé ;)

  • 3
    jukurpa
    28 août 2009 - 13 h 52 min | Permalink

    Tiens je vais d’accord pour une fois et je vais m’abstenir de faire de la lutte des classes de bas étage.
    J’ai finalement de la chance puisque le Doudou de ma meuf (va y c kom ça kon parle nous) ne porte de noms, juste doudou. Par contre ce vieux tee-shirt mité est polymorphe, sais se glisser dans la moindre petite valise et se dédoubler pour également envahir le canapé.

  • 4
    28 août 2009 - 13 h 55 min | Permalink

    Peut on considérer un chat câlin comme un doudou?

  • 5
    28 août 2009 - 14 h 14 min | Permalink

    Et si l’homme joue un peu trop souvent avec son I-Phone/Blackberry, peut-on demander en échange à jouer aux barbies ?

  • 6
    28 août 2009 - 15 h 43 min | Permalink

    @Nekkonezumi : Les tablettes de la drague selon Saint Barney sont pourtant très connues : Get in. Get laid. Get out.

    @Anna : Bientôt il y a aura une réunion du G2 pour discuter de l’avenir de la téléréalité sur les défis conjugaux de demain !

    @Jukurpa : Ah oui non quand même, dans la capitale lumière qui brille de mille feux, on a quand même des doudous upper-class. C’est un coussin Sonia Rykiel, quoi !

    @Marion : Il dort dans ton lit et tu l’imposes à ton copain ??

    @Une blonde dans la ville : Justement, en rébellion, j’ai décidé de considérer mon iPhone et mes consoles de jeux comme des doudous !

  • 7
    28 août 2009 - 17 h 15 min | Permalink

    Le chat dort dans mon lit, et je dors chez le copain.

  • 8
    28 août 2009 - 17 h 24 min | Permalink

    @Marion : Il faudra attendre la vie à deux alors.

  • 9
    Marion
    29 août 2009 - 16 h 17 min | Permalink

    Doudou adoré + chat câlin= mauvais ménage avec l’Amoureux

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