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Elegance Academy #7 — La concurrence libre et non faussée

24 août 2009 15 commentaires

Si la CSP+ est toujours célibataire à trente ans, ce n’est pas par un manque d’occasions. Bien au contraire. Au supermarché des mecs branchés à bonne situation et à fort compte en banque, elle est tellement sur-sollicitée qu’elle se retrouve dans la même situation que si elle devait acheter un shampooing. Dès lors qu’il lave et qu’il sent bon, comment faire son choix : au joli package ? le démêlant ? le revitalisant cheveux blonds longs et fins qu’on lave le mardi et le samedi ? le spécial cheveux bruns un peu fatigués par le soleil d’Arcachon mais qui frisouillent très vite ?

Autant dire que lorsqu’on cherche à séduire une CSP+, s’imaginer être en position de monopole pour satisfaire ses besoins relève vite de l’utopie meurtrière. Qu’on se le dise : le modèle concurrentiel de la séduction ressemble moins au trio Coca-Pepsi-Virgin qu’au marché des escarpins trendy. La CSP+ est toujours un morceau de choix au rayon boucherie : délicat, rare et onéreux, il attise la convoitise des pauvres qui bavent d’envie comme sur un gigot du dimanche et des friqués qui traquent les morceaux nobles pour se démarquer du bas peuple qui consomme les abats et les restes. Et, comme tout ce qui est rare et cher, la CSP+ en séduit plus d’un — dont toi, n’oublie pas ton objectif.

Voici donc un petit manuel de survie dans l’univers concurrentiel de la séduction, l’objectif étant naturellement de tailler à la serpe des PMA — parts de marché affectif — dans un marché libre et non faussé.

LA CONCURRENCE BIAISEE

Vous êtes chez Marlusse & Lapin, autre troquet prisé des CSP+ à longue chevelure. Elle est là, assise sur une table d’angle mi-banquette, mi-chaises, avec deux amies à longue chevelure et à ongles rouge pétard, toutes trois devant un verre de Chardonnay. En ayant bien pris soin de vous dé-douchebaguer au préalable, vous êtes sûr de votre coup, cette fois-ci. C’est le bon endroit, vous pouvez tenter une approche. Votre objectif : l’emmener dans le coin chambre cosy au fond du bar, pour terminer la soirée en pre-lovers. Sauf que.

Il y a cet hombre über-sexuel dans son costume Salvatore Ferragamo à un SMIC, quand vous exhibez fièrement partout où vous allez votre pull Dirk Bikkembergs que vous avez péniblement arraché lors d’une solde d’hiver. Lui, est coiffé d’une raie so preppy à la JFK, quand vos cheveux broussailleux sont en rééducation dans un camp de Marines pour les discipliner. Lui, peut se permettre ce soir d’offrir élégamment aux trois demoiselles un ou deux magnums de Veuve-Cliquot, quand vous ne leur offrirez que des mojitos en veulent-elles, en voilà. Lui, est manager chez Ernst&Young, quand vous venez de signer votre CDI sous-payé de chef de pub — l’inflation des titres, la déflation des salaires…

Quoi que vous fassiez, élégamment ou non, l’hombre über-sexuel aura toujours une longueur d’avance grâce à son capital de départ. Bienvenue dans la concurrence faussée.

Photo FlickRDrCraig

LE CHALLENGE IMPOSSIBLE

La chance sourit aux audacieux, vous dites-vous si vous avez un minimum de lettres. Sur un malentendu ça peut marcher, vous dites-vous si les lettres vous font défaut. Offrir de la Veuve-Cliquot à une desperate bachelorette, quel manque de classe, c’est lui augurer un avenir sentimental des plus noirs possible. Voilà que l’hombre übersexuel est un colosse aux pieds d’argile. Certes chaussés de Berlutti, mais d’argile quand même sont ses pieds manucurés.

Vous allez le challenger, et qu’importe si dans l’arène vous êtes le frêle boxeur de Mulhouse et lui Muhammad Ali au sommet de sa gloire. Que vous croyez.

Armé de votre plus beau sourire et de votre carte bleue, vous comptez bien lui montrer que la valeur n’attend pas le nombre des zéros alignés sur votre compte bancaire. Sauf qu’au moment où vous passez devant lui, vous déchantez vite. Non content d’avoir une AmEx Gold, l’hombre übersexuel possède un tour de biceps gros comme vos cuisses. Et visiblement, vu la façon dont ils tressautent sous son costume, il ne semble pas passablement enchanté par l’idée que vous lui piquiez sa target.

Le voilà qui menace de vous intenter un procès coup de poing pour concurrence déloyale. Vous avez parfaitement le droit de remettre en cause son monopole, mais ce sera à vos risques et périls, et ses dix avocats conglomérés en deux cabinets de cinq, Mandale&Torgnole, semblent plutôt dissuasifs. Bienvenue dans la concurrence non-libre.

Devant l’entrelacs des procédures juridiques auxquelles vous pigez que dalle, il vous reste deux solutions : vous écraser ou relever gaillardement le défi de la séduction en milieu sévèrement concurrentiel.

La suite du feuilleton la semaine prochaine !

pagerule

Previously on Elegance Academy :

#6 — Love at first poke ?
#5 — Tenter une approche
#4 — La CSP+ dans son milieu naturel
#3 — The matchmaking theory
#2 — Comment ne pas être un douchebag
#1 — On pose les bases

BlogBang

Ça beugle vachement là-dedans ! (15)

  • Madame Kévin

    Je commence à plaindre le chasseur de CSP + …

  • Jules (author)

    C’est une fois qu’il l’a chopée, qu’il est à plaindre !

  • Nekkonezumi

    « Sur un malentendu, ça peut marcher » (je glousse) … jusqu’à un certain point. Il y a certainement des crétins qui managent chez Ernst&Jung, non? Si? Allez, si !
    Vivement la suite !

  • Jules (author)

    @Nekkonezumi : Regarde dans la saison 1 de Clara Sheller, Antoine bosse chez E&Y, et c’est un gros crétin (gentil) !

  • pejee

    tu viens de mulhouse?

  • Jules (author)

    @Pejee : Han l’insulte !!! J’ai une tête à venir de Mulhouse ? Pourquoi pas Valenciennes pendant que tu y es !

  • Anna

    Tous les blaireaux qui pètent plus hauts que leur cul travaille chez Ernst&Young
    (moi, rageuse ?! Nonnnnn !!!!!)

  • Jules (author)

    @Anna : Tu en connais ?

  • Anna

    Des tas !

  • Jules (author)

    @Anna : Quoi ?? Les managers de chez Ernst&Young sont devenus gras du bide ? Mais pourtant, ils ont le temps de faire du sport ! (Rapport à « Des tas »)

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    [...] semaine dernière, il y avait un gros vilain à AmEx Gold et à sourire ravageur qui nous barrait la route vers la CSP+. Qu’est-ce qu’il était méchant tout plein, à faire [...]

  • Le billet dont vous êtes le héros | Überparisians | Jules' so chic Paris notebook

    [...] la faveur malicieuse d’une roublardise maline, on avait réussi à approcher la CSP+, laissant le monsieur à AmEx Gold et à sourire ravageur ronger son frein et manger sa main. Depuis, le monsieur à AmEx Gold et à sourire ravageur s’est [...]

  • Cunt

    Le parisianisme dans toute son horreur. Et je parie que tous ceux qui commentent ont entre 20 et 30 ans, diplômés bac+5 d’écoles de commerce ou d’art, bossent dans le marketing ou finance dans des cabinets de recrutement ou dans le luxe/cosmétique, ont un appart dans le marais et roulent en vélib !

  • Jules (author)

    @Cunt : Ceux dans le Marais, comptez-vous ! Histoire qu’on vous vilipende (le 11e, c’est quand même mieux).

  • matskvg

    LAULE, désolé je racle les fonds de tiroirs mais, là, je pouvais pas me retenir :

    « Le parisianisme dans toute son horreur. »
    Ouais, pas tort.

    « Et je parie que tous ceux qui commentent ont entre 20 et 30 ans, diplômés bac+5 d’écoles de commerce »
    Non, je suis pas encore diplômé.

    « ou d’art »
    WTF?

    « bossent dans le marketing ou finance dans des cabinets de recrutement ou dans le luxe/cosmétique »
    Y’a un soucis dans ta liste, le luxe/cosmétique n’est pas encore référencé comme spécialité managériale. Un jour peut-être (« salut, je fais du luxe »)

    « ont un appart dans le marais et roulent en vélib ! »
    Déjà, St Paul, t’as le meilleur kebab de tout Paris, donc tu te calmes. Ensuite, CSP++ ça veut dire que tu roules SUR les vélibs, pas avec.

    Check mon os.

Vas-y, cause dans le post(e) !