Chez Kloog

Les amis, hier c’était un jour anniversaire (un peu en avance, mais bon) avec Rosalie. Pour l’occasion, j’ai été chargé autocratiquement de trouver un restaurant « sympathique-avec-terrasse-et-branché-et-pas-loin-des-Batignolles-parce-que-je-veux-pas-trop-marcher ». Dont acte.
Moi qui pensais bêtement qu’en 2009, il suffisait encore et toujours d’aller chez Castel pour jeter de la poudre aux yeux dans les mirettes, fort marri je fus quand j’ai reçu le cahier des charges de la soirée. C’est que, bordel, aujourd’hui elles ne lésinent pas sur les symboles, les working-girls !
Mais c’est que sur la blogosphérie, à l’heure des réseaux sociaux qui clignotent dans le flux 2.0, on peut trouver rapidement un restau branché, recommandé par la gastronosphère en tablier et culottes courtes. Alors, entre deux slides PPT et un tweet, y’a eu de l’échange de textos dans l’open space.
Jules — 11h03
On va chez Kloog, 61 rue Guy Môquet
Rosalie — 11h05
Kloog…
Jules — 11h08
Mais si, c’est bien, c’est un truc bio, tu sais avec du quinoa et des machins à la taxe carbone aussi chargée que la langue de Gérard Depardieu après une soirée œnologie. Mais comme c’est exotique, ça passe. Normal.
Rosalie — 11h12
Avec un nom pareil, je sens le trip régressif, on va manger du gaspacho de fraises Tagada et un fondant au Mars… Je te fais confiance, mais j’espère qu’il y aura de la terrasse !
Jules — 11h14
Non, pas de terrasse je crois, mais la déco est sympa, on mange dans une chambre d’enfant.
Rosalie — 11h15
Euh…
Rosalie — 11h15
T’es chiant, qu’est-ce que je disais trip régressif pffffff
Rosalie — 11h16
Pourquoi pas un crématorium tant qu’on y est ???
Le Kloog donc, les amis, c’est un tout petit restaurant charmant tenu par une seule restauratrice. Ça ressemble un peu à la cantine d’autrefois. Vous savez, celle où on allait le midi en s’asseyant sur des petites chaises en plastique autour de tables octogonales, et même que les plats étaient servis dans des barquettes en aluminium. Les brocs en alu, les verres Duralex avec le numéro dedans où qu’on devinait notre âge et qu’on était super fiers quand on pouvait parader en disant « J’ai 26 ans nananinanère », mais qu’on tirait trop la tronche quand on avait 4 ans (alors qu’on en avait 8 en vrai, quoi !).

Photo — Aude Baron
Bref, le Kloog, c’est un peu cet esprit régressif. Pour ceux qui aiment l’idée, on dîne dans une chambre d’enfant aux couleurs acidulées et remplie de jouets. Quand tu n’es pas préparé, ça te fait toujours un choc. Jamais mes parents n’ont voulu que je repeigne mes murs en vert pomme (trop relou, vas-y), et mon rêve d’enfant d’une chambre où tu ne pouvais pas faire un pas sans faire un faceplant à cause des jouets qui traînaient s’est matérialisé devant ce petit resto-bric à brac. Pour ceux qui n’aiment pas par contre, tu peux te la jouer « chuis trop grand » et dîner dans le salon des parents, au fond du restaurant.

Tout te rappelle le joyeux temps de ton enfance : les crochets alignés sur une barre et fixés au mur pour pendre ton manteau, comme avant, comme à la cantine ; les tables en bois grossier, sans nappe ; les chaises en gros plastique rouge ; les BD Kid Paddle ; les contes pour enfants… et le menu !
Côté menu, c’est du bio à mort les amis.
Même qu’avec Rosalie, on s’est regardés d’un œil gourmand en se demandant si on allait pas se faire une bataille de quinoa comme on faisait en CE1 avec la semoule de couscous, ou si refuser de manger les légumes était so it de l’attitude dans ce lieu tout plein de souvenirs.
Puis finalement, on s’est dit que c’était dommage de venir chez Kloog et de pas tester le kloug. Parce que oui, comble de l’ironie du sort céleri rave party fine amor amor de Cacharel parfum, dans les desserts, il y a une sorte de kloug.

Photo — Aude Baron
Mais attention, les copains, ne faites pas comme Rosalie et moi : à partir de 23h30, la dame de la cantine ne sert plus. Privés de dessert nous fûmes, avec l’impression coupable d’avoir fait une bêtise en sirotant trop lentement le bon Saint-Pourçain (ça change de la grenadine !). Du coup, on a pfffffé en pleurnichant, mais la dame nous a consolés en nous amenant avec l’addition un carré de chocolat et une fraise Tagada. Alors, avec gourmandise, on est rentrés chez nous rassérénés.
Manquait plus que nos cartables plus larges que nos épaules et le cri strident de la sonnerie de 16h30. Mais il est était minuit passé, en même temps, l’heure jusqu’à laquelle on rêvait de veiller quand on apprenait à conjuguer le verbe « rêver » à l’imparfait.
Chez Kloog
61, rue Guy Môquet Paris 17
Pour la critique gastro, c’est par là






11 commentaires
Ma cantine de bahut, c’était « struggle for life » tous les jours: arriver en premier pour avoir une quantité décente de … well … « purée-saucisse » ou « raviolis-riz ». Pas vert pomme (ou éventuellement nous, en sortant), ni joli non plus. Du coup, effectivement ça fait rêver!
A part un détail … ils font de l’entrecôte bio aussi, ou juste de la verdure?(sacrilège ;-) ! )
Trop bien, ça me rappelle de chouettes souvenirs ! Dommage que vous n’ayez pas eu droit au super bon dessert. Quand je revois la photo, je me dis que oui, c’était vraiment chouette :)
Du coup… bon anniversaire Rosalie
@Nekkonezumi : Ils font de la viande, je crois. Mais la dame ne vient pas te la couper dans l’assiette !
@Aude : Elle n’avait pas non plus de maki aubergine et sorbet, ça fait deux raisons de revenir ! La déco a pas mal changé aussi par rapport à tes photos !
C’est bio une fraise tagada ?!
@Anna : Oui, elles viennent de Plougastel.
Ah, alors si elles viennent de Plougastel …
Certainement pas mon genre. Très beau récit!
@Eric : Oui, c’est concept, ça ne plaît à tout le monde. Ils auraient dû renommer ça : « Chez Foogiel » !
LOL