Une bouteille chez sa mère

Je viens de prendre une note sur mon iPhone : « Acheter une paire de menottes ».
Fétichisme ? Non, prudence.
Cette histoire entretient un rapport croisé avec mon état du dimanche matin deux fois sur trois au brunch de 11h, alors si t’as pas lu, arrête-toi un instant. Puis quand c’est bon, enfonce-toi des talons Gaspard Yurkievitch dans les côtes pour t’empêcher de te gausser, parce que moi ça me fait pas rire. Enfin, juste un tout petit peu.
Frais et guilleret j’étais pour venir éclairer de ma présence une de ces soirées de l’ambassadeur où le concept de jardinerie verticale existe encore (véridique) et où les mojitos défilent plus vite que les mecs dans le lit de Liz Taylor version première fraîcheur, quelque part du côté de la porte d’Auteuil (faut le faire, pour m’amener jusque là-bas). Mais que voulez-vous ma bonne dame, parfois les liens d’amitié vous emmènent dans des contrées inexplorées ; d’ailleurs, je le confesse, depuis je m’interroge pour savoir si ces liens sont suffisamment proches pour justifier de devoir flirter avec la frontière de Paris, car toi même tu sais qu’au-delà du périph’, c’est le tiers-monde ; et même si les Hauts-de-Seine sont un PVD, ça reçoit quand même son pactole du FMI. <——– Fin de l’aparté culturel, ça va bien deux minutes ——–>
Ce qu’il y a d’intéressant dans une soirée un peu bobo-chic organisée par des amis, c’est que, outre l’alcool dont tu n’as pas à te soucier, les rencontres de l’entre-soi toujours intéressantes mais convenues, tu rencontres aussi des personnes que tu ne connais pas parce qu’elles sont les n+1 de n+1 d’un n+1 d’un de tes amis. Alors en fait, ça stratifie vachement en termes d’alcoolémie, j’ai observé. En gros, il y a trois catégories de gens dans ces soirées :
- Celui qui est venu parce qu’on lui a dit de venir, et qui ne connaît personne : curieusement celui-là il a du mal à se coller une mine, comme disent les jeunes, rapport qu’on sait jamais, une réputation est vite carbonisée, toussa toussa
- Celui qui connaît un peu de monde, mais pas beaucoup, genre il est un ami proche d’un des organisateurs de la soirée, mais genre le super pote de la pelote basque du dimanche en 15, le gars sympa que tu vois pas souvent. Lui, il va passer une soirée über naze, parce qu’il se demande à tire-larigot s’il peut se lâcher ou pas
- Celui qui est ami de tout le monde. Pas de risque, lui peut boire, sa réputation n’en souffrira pas, kestucrois. Les amis, ça ne juge pas (sauf si c’est une fille, le gène de la médisance étant congénital comme tu t’en doutes)
Tout ça, ça nous dit pas pourquoi les menottes. Ça digresse, Hubert !
Bon, il se trouve qu’à ladite soirée, frais comme la rosée du matin je suis resté, et aux sujets inversés durant cette soirée beaucoup je recourus, pendant que d’autres terminaient dans un français trop pas so syntaxous. Faut dire que mon oncle, c’est maitre Cappello, ceci explique cela. Sobre je fus, car la gent sociale de Paris ayant la bonne idée d’organiser ses soirées en fin de semaine, il se trouvent toujours deux fêtes pour se chevaucher. Non mais les gens connaissent pas Facebook ou quoi ?
J’ai donc dû partir prématurément, pendant que l’assitance alcoolisée commençait à avoir des problèmes de conjugaison au conditionnel. Je dénonce : j’ai entendu un « si je dirais ça ».
(Bon, ça vient cette histoire de menottes, oui ou bien ?)
Les mains pleines je partis, c’est qu’il fallait apporter quelques bouteilles de vin. On est élégant ou on l’est pas, tu comprends ?
Claquer des doigts, je n’ai plus eu qu’à. Un taxi, qui passe par la porte d’Auteuil aussi souvent qu’une comète devant Hubble, s’est pointé, qu’une rombière enfourrurée a entrepris de me subtiliser. Haha.
Maintenant, je sais pas si c’est dans le gène du taxi ou si je joue de malchance, mais il se trouve qu’à chaque fois que je suis dans un taxi, quelqu’un me passe un coup de fil. Et ça n’a pas manqué. Alors que je donnais les instructions au chauffeur, j’étais en même temps en train de parler longue traîne et roadmap, à moins que j’aie demandé au chauffeur de se rendre Quai de Roadmap tandis que je parlais Jemmapes avec mon interlocuteur en lui disant de ne pas trop longue-traîner car j’étais pressé. Je ne sais pas, je ne sais plus.
Et donc, je parlais, je parlais, je parlais, pendant que lui roulait, roulait, roulait.
Ah, quai de Jemmapes-Roadmap. Descendons.
Je descends donc.
(Ellipse)
Sans ma bouteille, et sans mon 48h.
[J'autorise 12 secondes de rires gras, d'epic fail, de VDM et autres rires en boîte, mais après ça va bien !]
Je vous le confesse, moi aussi j’ai ri. Ça m’a fait penser au book dropping. Un Pomerol 2002 qui voyage dans Paris, sera ramassé par quelqu’un et englouti (là j’ai pleuré). Ou peut-être que le chauffeur de taxi va la voir et la récupérer, la remonter chez lui, dans son petit 30m²qu’il partage avec sa mère dans le 18e avec des tapisseries et des casseroles à motif floral, la poser sur sa table en formica et la siphonner devant un plat de macaronis-fromage pendant que Dominique Chapatte essaie une Aston Martin.
Et s’il prenait ça pour un message, une fausse déclaration d’amour pendant que l’oreille droite était overstaffée ? Mon Dieu, j’espère que je n’ai pas laissé mon numéro sur la bouteille, des fois que je serais tombé sur un oenographile pervers…
Je pleure encore la perte de mon 48h.
(Photo FlickR — [phil h])





Un commentaire
y’a des bobos chics porte d’auteuil? ou des bourges légèrement trashy qui se la jouent bobo parce qu’ils enlèvent leur fourrure pour aller acheter des barquettes de carottes râpées au Monop’?