Sunday morning

Je peux pas dire que comme Edith Piaf, « je haïsse les dimanches ».

C’est formidable comme en l’espace de quelques années, notre génération a complètement pris le dessus sur le côté ronflant du dimanche, vous ne trouvez pas ? Du temps de mes parents, le dimanche, on se faisait chier ferme. On se jetait comme des morts-de-faim sur le Journal du Dimanche le matin, et l’après-midi, ceux qui avaient lu toute la page des sports se retrouvaient gros-jean-comme-devant. Je caricature à peine.

Depuis quelques années, mon dimanche est une mécanique huilée. Brunch traditionnel à 11h. Une fois sur deux, c’est avec des valises sous les yeux, les RayBan sur le visage qui ne le quittent pas, même à l’intérieur, trois Alka-Seltzer dans le collier pour masquer les ravages de la veille. Le brunch, tout le monde veut te faire croire que c’est un concept super, qui met du piquant dans ta semaine. Ça te donne une bonne raison de manger n’importe quoi à l’heure qui n’est pas prévue à cet effet : café, jus de fruits, pommes sautées, poisson, viande, viennoiseries, pains…

Avec les beaux jours, l’open air devient même un ingrédient indispensable : au soleil, le temps s’arrête, un goût d’été se mêle aux vapeurs du café et à la sarabande sucrée-salée. C’est le moment idéal pour y aller avec des amis, et de profiter des deux heures environ que dure chaque brunch pour discuter et se retrouver.

Moi je dis : bullshit.

A chaque fois que je vais bruncher la tête à l’envers, je me rends compte à quel point le brunch est en fait un truc vachement sociologique (Attention là ça va décoiffer). Bon, à 11h, en général, ceux qui peuvent se permettre de prendre un brunch sont sans enfants (jusque là tu suis ?). Pour bruncher à 11h, si t’es comme moi, faut se lever tard, parce que dès que j’ouvre l’oeil j’ai une espèce de mécanisme automatique de mise en route de l’estomac qui hurle à la famine. Eh ben ça ne manque pas : aux terrasses, tu ne vois que des bientôt-trentenaires ou des toujuste-trentenaires la mèche rebelle et le scooter garé en double-file, qui viennent partager ma terrasse. Ah ça ! je peux te dire que ça se regarde du coin de l’oeil !

Du coup, je me demande : mais alors le brunch c’est un truc de jeunes sans enfants ? Si un jour j’en veux plus, ça veut dire que je vieillis ? Engloutir saucisses et croissants en l’espace de 4 minutes avec une gueule de bois serait-il une prouesse que seul un corps de jeunes pourrait se permettre ?

Bonjour l’angoisse. Je hais les brunchs.

(Photo FlickRMetamuro)

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